‹ BrindillesChapitre 3 sur 40 · LA SALADE ET LE PAIN · texte numérisé non relu

LA SALADE ET LE PAIN

La Salade confite, un jour, dit au gros Pain :

(( C'est bien petit métier d'enseigner son prochain

Et vouloir malgré lui le bonheur de quelque autre.

C'est le plus sûr moyen de négliger le nôtre.

Lorsque j'appris cela de deux choux mes amis,

J'étais encor, mon bon, du bien petit semis;

Mais, puisqu'un Dieu puissant m'a fait grandir salade,

Je veux pourtant sur toi me pencher, camarade. »

L'autre lui fit, narquois et semblant l'approuver :

« Si ça vous fait plaisir, faut pas vous en priver!

— Pâte inerte et sans goût, je sais, mon pauvre pain.

Qu'on dut pour t'éveiller gâcher bien du levain ;

Mais, j'en prends à témoins appétits et ciboule

Et tous ces condiments qui, m'entourant en foule.

Réveillent avec moi, dit Brillât-Savarin,

Le plus triste convive et lui rendent la faim ,

Tu restas insipide et bon à satisfaire

Les seuls désirs grossiers d'un estomac vulgaire.

Avec cela tu sens les engrais, le labour.

La sueur des mitrons et la chaleur du four.

Il» IN 1)11.1 I -

Je te plains, lils du blé cultivé loin des villes,

D'eu ignorer le ton et les règles civiles!

Je sais bien que le ciel ne peut clans nos jardins

Faire naître et pousser tous les menus fretins ;

Près des pêchers en fleurs ou de ma sœur la rose,

Je \ois mal à coup sur qu'un triste blé se pose,

Et le terreau léger, propice a ma santé,

Pourrait être néfaste à sa rusticité.

Ce serait grand'pitié d'y cultiver la paille;

Il faut pour tout vilain un terroir à sa taille! »

Quand on a, résumant toute autre qualité. Dans le fond de son cœur la dhine bonté, On néglige souvent qui vous cherche querelle. Et Dieu qui fit la force a mis sa paix en elle. Mais pourtant c'était trop, et le Pain tout à coup : « Tu peux, toi qu'on arrose avec les eaux d'égoul. Parler du blé, mon père, en faisant la grimace! A ton cœur aux cent plis, chéri de la limace. A ta feuille frisée ainsi qu'un bigoudis. Crois- tu que l'échalotte et tous les appétits Pourront jamais donner les senteurs de la rose? Drôlessel en vérité, c'est bien étrange chose : Oser, quand on sent l'ail, insulter à des Heurs Et comparer sa grâce et ses parfums aux leui> !

Jacasse si tu veux, mais tâche un peu. ma chère.

Sur le compte des miens de ne pas trop le faire.

Ta pitié m'importune et pour tout dire enfin .

Sans aller réveiller feu Brillât- Savarin,

Je veux que l'on respecte, entends-tu, mijaurée.

Mon père le froment el cette herbe sacrée,

Cette paille où naquit l'enfantelet divin

Et qui porte en ses flancs l'espoir du genre humain.

La Salade comprit et, dans sa vinaigrette Jaunissante et mollasse, elle se tint muette.

MORALE

Enfants pour qui je parle et vous aussi les grands. Quand devant vous naîtront semblables différends. Soyez toujours pour l'humble à la tâche divine : C'est lui qui fait le pain dans lequel on tartine.

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