‹ BrindillesChapitre 2 sur 40 · LES ANIMAUX DOMESTIQUES VEULENT ÉLIRE UN CHEF · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX DOMESTIQUES VEULENT ÉLIRE UN CHEF

Ceci se passa-t-il en Chine ou dans la Lune,

Au temps des Pharaons ou de la tour Eiffel .

Peiner à le chercher serait chose importune ;

Qui l'a conté m'a dit que le fait fut réel.

Au reste, on le peut voir dans le siècle où nous sommes.

Non chez les animaux, mais chez nous autres hommes.

Las d'être gouvernés.

Depuis qu'ils étaient nés.

Par des singes savants et des lions avides. Ceux-là jonglant sans trêve avec des grands mots vides.

Et ceux-ci gouvernant

Par la griffe et la dent .

Le troupeau justement baptisé « domestique ». Souche en somme et rempart de toute république. Présidé par un bœuf, comptant maints animaux. Tint conseil en un pré pour sortir de ses maux. « Que diantre ! montrons-nous, fit un porteur de laine ; Toujours mêmes au gain et mêmes à la peine !

Il faut changer cela : votez pour nous, moutons! — Bien dit! fit un vieux coq. — Bien dit! » font les dindons. Une chèvre en son coin dit : « Oui ! » puis cabriole. « A nous le char d'Etat! foin de la carriole! Dit un âne à son tour; jadis dans les conseils Pour ministres souvent on prenait mes pareils ; Plus de ces chefs sanglants et nourris de carnage : Des végétariens ! . . . Votons pour le plus sage ! »

Et l'on sentait flotter comme un vent de vertus Sur la plume et le poil et tous les fronts cornus.

Un vieux bélier, jadis qui fut Sous- Secrétaire,

Près du bœuf vient, fait signe, et bavards de se taire.

« Vous allez, électeurs! car vous êtes le nombre.

De ces buveurs de sang faire une coupe sombre.

Bravo ! vos ruminants seront bons sénateurs,

Et parfaits députés vos chevaux -laboureurs.

Mais, les ayant ainsi placés à votre tète

Et pour vous bien servir sortis de leur retraite,

Gardez-vous, gens de bien (jadis j'en ai souffert).

De regagner la vôtre et votre doux couvert.

Sans plus vous occuper, sinon pour la critique.

Des gens entrés pour vous dans le champ politique.

Que le maître nouveau ,

— Etalon, dinde ou veau.

Dans le fond peu m'importe, —

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Soit de tous obéi, suhi de telle sorte,

Que ces messieurs lions et même tous les cirions

Sachent les temps finis de nos tyrans anciens.

— Fort bien ! dit une mule.

— Maudit soit qui recule! »

Fait en broutant le thym Un tout petit lapin.

Le canard l'ait : « Coin coin ! u

Devant que l'àne braie, Chaque mouton l'ait : « Bêe ! u

Ce qu'il ad\int

Le lendemain.

Quand notre nom eau chef partit pour l'Elysée : C'est que nul ne suivit et qu'il fut la risée Du lion, bon seigneur, qui le tondit tout nu Et lui dit : « Sois heureux d'é\iter mon menu! »

m o II a 1. 1:

./<■ sais (je vous l'ai dit ) plus d'une république Où des bourgeois bêlants c'est là la politique.

LES BORNES (ou l'esprit syndical)

Tout un peuple de gens impassibles et mornes. Les bornes.

Bon peuple réputé

Pour sa simplicité, Las de servir chez nous couramment de symbole Pour tous les paresseux dans toute parabole. Et voulant au grand jour faire appel de son cas, Un matin de printemps s'assemble en syndicats. Il en était partout venu de cent manières : D'abord le syndicat de nos bornes -frontières. Et puis, ne voulant pas hanter tout ce fretin Qui marque un hectomètre au bord d'un vieux chemin, Et moins encor ces gens d'une rudesse austère Que plante un paysan pour limiter sa terre, Les bornes haut sur pied de nos départements. On avait avec soin trié les groupements ;

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Au milieu s'érigeaient en clans démocratiqui ;s .

Les bornes kilométriques.

Et lors on consacra ce solennel congrès

\ causer intérêts.

On avait à dessein, tout près d'une carrière. Choisi dans un grand bois une \aste clairière. Comme il sied à des gens au programme hardi. Le Bureau ne comptait que bornes du Midi. Le président ayant obtenu du silence.

On ou\re la séance .

« N'attendez pas, dit-il.

Messieurs les délégués, quelque discours subtil; Dans l'instant solennel, ô bornes! où nous sommes. Par cent propos légers n'imitons pas les hommes.

Que chacun à son aise

Expose ici sa thèse, Et nous verrons l'avis de la majorité. » Le délégué des champs dit : « De l'égalité ! Notre tour est venu, nous voulons aller toutes, Au lieu de nos sillons, sur le bord des grand' routes. Lu lièvre près de moi qui l'an dernier gîtait M'en a vanté le charme et la félicité.

>>ous voulons la relève.

Ou sinon j'ai mandat de décréter la grè\e!

— Quelle prétention!

Dit l'envoyé frais peint d'un chef-lieu de canton;

Une pierre pointue Qui veut ainsi que nous se poser dans la rue !

N'acceptons pas ces vœux.

Moi, comme égalité, voici ce que je veux : Mettez pour nous servir deux ou trois hectomètres . — Pour elles, sachez-le, nous serons de bons maîtres Mais ainsi nous pourrons, aux jours de grand gala Aller de temps en temps dans quelque cinéma ; Et. fréquentant les gens ayant hautes manières. Parfois rendre visite à nos bornes -frontières. » Le délégué, Froid et guindé.

De ces bornes d'élite.

Du haut de sa grandeur lui répliqua bien vite :

« Nous en serons flattés.

Mais il nous faut à tous dire leurs vérités :

Ces choses sont comiques De voir petites gens prétendre à domestiques ; Pour nous, siégeant ici par amour du seul bien.

Nous ne demandons rien , Qu'étendre à tout instant notre ombre tutélaire Sur le peuple menu des bornes de la terre. Pourtant si d'aventure... en votre Parlement... Mais je n'insiste pas, notez mon dévouement, n Une voix, dans le fond, révolutionnaire, Crie : « A bas la frontière !

S'il faut des députés, qu'on nomme des ruraux, Ou sinon gare à vous! Nous prendrons notre faulx ! ■> <)u proteste, on l'approuve, on le hue, on l'acclame, Et le président hurle : « Ln programme! un pro-

On n'en put faire aucun. [gramme!... » Et chacun .

Sortant de la mêlée Quelque bras en écharpe ou la tête fêlée,

S'en prit de tout ce mal

A l'esprit syndical.

MORALE

Dans le temps où nous sommes

Ainsi font bien des hommes.

Tous les humbles <ii(jris ne parlent que de coups;

Les grands font les yrigous

Ou bien les manitous; Sur l'intérêt commun aucun d'eux ne s'accorde, Parce que chacun veut tirer trop sur la corde.

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