‹ BrindillesChapitre 30 sur 40 · SAPINS, PEUPLE INNOMBRABLE · texte numérisé non relu

SAPINS, PEUPLE INNOMBRABLE

Sapins, peuple innombrable au maigre et triste om-

[brage , Des rudes travailleurs vous me semblez l'image. Quand je vois votre écorce et votre tronc rugueux, Quand je vois se dresser vos pauvres fûts noueux Et votre flanc gluant de l'ardente résine, Tel le front douloureux d'une mère en gésine. Peuple, je pense à toi pressé sur les chemins Où sont passés déjà tant de grands flots humains : Chemins des ateliers débordant de scories. Chemins des champs bordés d'aubépines fleuries.

0 frère du sapin, ô peuple, la sueur

Qui coule sur tes flancs de sa résine est sœur,

Et comme on va chercher dans les pins l'atmosphère,

Le bain qui cicatrise et calme et régénère.

J'irai, quand je serai d'amertume hanté,

Lorsque j'aurai trop soif de force, de beauté,

Eternels tâcherons, travailleurs de la terre,

J'irai mêler ma vie à votre vie austère.

BBIITDILLE8 8l

Quand esl Bon pauvre cœur de quelque mal atteint, Afin qu'il soit au chaud, l'homme, dit-on, d'instinct S'endort sur le sein gauche et sa douleur sommeille ; Ma peine à cette peine, ô terre, étant pareille. D'instinct j'irai chercher parmi tes serviteurs La chaleur et l'abri des grands sillons berceurs. Vous qui toujours debout voyez lever l'aurore, Vous que chanta Virgile en son verbe sonore, Comme on va dans les pins agrippés sur les monts Apaiser sa souffrance et gonfler ses poumons, J'irai dans vos regards, chauds comme une caresse. Chercher, ô laboureurs! la paix de ma jeunesse.

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