SOUVENIR DE CHATEL-GUYON
Sur les bords du Sardon , j'ai, baigneur indolent, Parmi les verts sapins promené mon pas lent. C'est un ruisseau mutin qu'un buisson vous dérobe; Au vent que font sa guimpe et les plis de sa robe. Une enfant en dansant en troublerait le cours. Sardon ! fassent les dieux qui protègent tes jours Qu'un berger quelque soir, en passant sur ta rive. Pour avoir trop chanté pris d'une soif trop vive. Couchant son corps velu parmi l'herbe ou l'osier, Ne détourne ton onde au fond de son gosier ! Que deviendraient alors, tout émus de ta perte, L'hirondelle au vol preste et l'écureuil alerte? Où pourraient donc ceux-ci baigner leurs fins museaux? Où plonger votre bec, pauvres petits oiseaux?
BRI RDI I.I.ES 83
Et la vieille vachère en bonnet d'Auvergnate,
Son chien poilu, sa bique à la nerveuse patte
Et sa vache au front lourd, que diraient-ils. Sardon!
Si tout d'un coup venait à cesser ta chanson?
Sous un vieux châtaignier, grand parasol superbe, J'ai suspendu mes pas et j'ai dormi sur l'herbe... Lors en rêve j'ai vu tous les petits Sardons, De rochers en rochers, de vallons en vallons, Vprès avoir entre eux mêlé leurs eaux légères. Se perdre sans retour dans le sein des rivières Et finir en beauté dans le fleuve royal , Dans tes flots, ù ma Loire! au beau front de cristal... Claires eaux que la terre en son sein a filtrées, Vous qui des monts neigeux au printemps êtes nées, Garde/, gardez, flots clairs! de tous ces biens jaloux L'àpreté de vos monts et des grands bois à loups ! Dites, petits ruisseaux! en passant dans nos villes. Avec cet art profond des simples inhabiles, Dites aux citadins, vous qui le savez bien. Que la Nature est tout, que le reste n'est rien. Chants purs des galoubets, parfums de la prairie, Apportez tout cela, versez-nous de la vie Et de votre flot pur, lustral et généreux, Lavez dans nos cités notre pavé boueux.