NOTRE FRÈRE LE POILU
Au seuil du grand ciel bleu que Dieu, d'un soin jaloux. Pour les soldats du Droit fit plus chaud et plus doux. Au bruit des olifants, dans l'éclatante nue. De nos Poilus sacrés la cohorte est venue. Et pour les recevoir, une enfant, une sœur. Jeanne de Do m rem y sourit avec douceur.
Comme un rayon léger qui court de feuille en feuille,
Son regard illumine et son bon geste accueille.
« Frère! je t'attendais. »... Elle a pris par la main
Un beau gars de vingt ans, petit béret d'alpin,
Croix à Verdun conquise et le visage imberbe.
À son aspect divin tremblant comme un brin d'herbe.
« Frère! je t'attendais. Pour saluer ses preux. Ln Dieu juste m'a mise à la porte des deux. Là j'ai des paladins vu la foule sans nombre ; Des siècles lumineux ou des siècles pleins d'ombre. Du Hoi Soleil ou bu-n du Corse au cheveu plat, Fiers soldats de l'an quatre ou bien de Saint-Privat.
IIO BRINDILLES
Sous mes yeux a passé l'apothéose altière ;
Mais, pour voir le plus grand, je t'attendais, mon frère!
Viens, petit, sur mon sein reposer ton corps las; Viens comme en un berceau, viens dormir dans mes bras. Heureuse qui donna le jour à ta vaillance! Viens me causer tout bas, viens causer de ma France. Des voix qui t'ont guidé, du chaume où tu vivais; Viens ! pour les plus beaux chants, frère, je t'attendais !
Merci, feux dévorants qui m'avez consumée : La récolte a mûri que mes mains ont semée. Laisse-moi caresser, ô toi le moissonneur, Ton front encor sanglant de mes baisers de sœur. Je sens dans tes cheveux flotter l'odeur de poudre. J'en vois, petit soldat, j'en vois jaillir la foudre. Flottez , drapeaux chéris , gonflez-vous comme un dais ! Viens dans mon paradis : frère, je t'attendais! »
Et le sang s'arrêtant aux lèvres des blessures, L'uniforme soudain lavé de ses souillures, Resplendissants et forts, plus bleus que le ciel bleu. On vit tous nos Poilus bénis par le Bon Dieu ; Et Jeanne avec Bavard, saint Louis et Turenne, Se mêlant avec eux, chantaient à perdre haleine, Tandis que sur les fronts les palmes frissonnaient : « Bénis soient les vainqueurs que nos cœurs attendaient! »