VIN DE TOURA1NE
Ainsi que le vieux cep de ton pineau fameux. Opiniâtre et robuste et comme lui rugueux , 0 père de ce vin qui chasse toute peine ! Je te veux célébrer, Paysan de Tourain^.
Esprits frais dans la cuve à l'automne oubliés, Accourez à ma voix, de vin tout barbouillés; Eveillez en passant, autres amants des treilles, Les rayons attardés caressant les bouteilles.
Pour fêter ma Touraine où chanta Béranger, Que mon luth, à dessein, soit discret et léger; Que de pampres dorés le pauvret s'enrubanne Pour faire tournoyer la ronde paysanne.
A moi, sylvains nerveux et silènes ventrus, Dans l'ombre des celliers à mes yeux apparus !
Et toi, puissant Balzac, que ton ombre géante, 0 père de Grandet, soit au barde indulgente.
Il n'est en Italie, il n'est en Aragon. Meilleur et plus subtil et plus fier vigneron, Plus solide gaillard et plus brave à la peine, Que le rude artisan des bons crus de Touraine.
II est un peu frondeur et nargue son curé : Mais à peine chez lui le bon vieux est entré Qu'on va chercher un pot où le vin brille et mousse Et l'on parle d'impôts ou de la lune rousse.
L'horloge dans un coin bat son rythme de paix,
I 11 christ est suspendu près des bons vieux portraits, Et l'on sent sur le tout, comme une douce haleine. La fraieheurdu cellier dont l'humble chambre est pleine.
Sur le coteau pierreux chauffé par le soleil ,
II a greffé le plant au beau raisin vermeil. Regardez son visage où la ride se plisse : La finesse du cru s'y reflète et s'y glisse.
Dans la tasse d'argent brille le jus doré : Sur son vieux front chenu le bon sens est ancré; Les tonneaux sont baveux . la cuve est débordante : Sa rondeur est un charme et son bon sens enchante.
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C'est qu'un fleuve royal, au pied de ses coteaux. Dans son miroir d'argent rellète cent châteaux; Et que princes parfois et manantes gentilles Ont bien pu mélanger leur sang dans les familles.
Raisins que Jeanne d'Arc a sans doute baisés. Raisins du Chinonais aux parfums framboises, Emules de Bourgueil aux caves sans pareilles, Raisins blancs de Youvray, amoureuses merveilles.
Ruisselez au pressoir sous le vieux bois qui geint . Et versant de l'ardeur au pauvre genre humain , Au guerrier dans la lutte, à l'artisan qui peine, Faites aimer partout le vin de ma Touraine.