‹ BrindillesChapitre 7 sur 40 · POUR LE MONUMENT FUNÉRAIRE D'UN BICHON · texte numérisé non relu

POUR LE MONUMENT FUNÉRAIRE D'UN BICHON

C'était un chien bichon

Pas plus gros qu'un manchon,

Le nez rose en bataille

Sous ses poils en broussaille.

11 était tous les jours baigné, vaporisé

Avec les lourds parfums dont sa maîtresse usait ; Et, trônant sous son aile,

Hargneux à tout venant, il semblait n'aimer qu'elle Et rainant, un vieillard

Dont le crâne s'ornait de trois poils avec art.

— Un soupçon de blason sur son automobile. —

Qui s'était fait servant de la belle facile.

El du matin au soir on voil au casino

Monsieur, Madame et son cabot.

Celui-ci, conscient, — pour moi la chose est sûre, Que la vie aujourd'hui pour les femmes est dure. Pas trop farouche au fond , admettait le bon vieux

Et lui faisait doux yeux.

Mais voici qu'un beau jour, — la modiste est si chère ! Notre belle, trouvant trop maigre l'ordinaire, Sous les yeux complaisants de l'amoureux moulu, En choisit un second plus tendre et plus velu. Mais le cabot, féru de l'honneur du ménage, En voyant cet intrus proteste avec rage :

« Un, c'est fort bien ; mais deux, C'est honteux ! »

Et, pour notre premier indulgent à l'extrême, Il jappe avec fureur aux mollets du deuxième. Bien en vain ce dernier offrit un paletot. Un beau ruban jonquille, un collier, un grelot : Le roquet, à cheval sur les vertus premières, Acceptait les présents sans changer ses manières.

Digne et persévérant dans ce geste si beau

11 en mourut, dit- on — pas l'amant, le cabot. —

Et pour ce chien fidèle,

De la vertu modèle,

J'ai gravé sur l'airain Ce quatrain :

Il II I MU I I I -

Mieux vaut, bien sâr, garder, pauvres chiens que nous Les dindons que les hommes, [sommes, Et la queue en trompette à vingt petits cochons Qu'une poule de luxe avec ses vieux barbons.

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