‹ BriséïsChapitre 68 sur 109 · H VI. A S · texte numérisé non relu

H VI. A S

après une hésitation, comme devant un gouffre.

Donne!

I! prend les rieurs, les porte lentement à ses lèvres, et les respire longuement. L'orchestre chante le thème des funérailles et des corbeaux ; il chante aussi le thème du bon présage et des ramiers ; il chantera bientôt le thème de l'hymen, qui ne cessera qu'à la fin de la scène.

Oh! mon cœur se serre et ma lèvre est glacée...

C'est notre nuit de noce, Hylas, tu m'appartiens!

Elle étend le bras vers lui, fait, sans le toucher pourtant, le geste de l'enlever, l'attire vers elle dans cette étreinte aérienne. — Elle marche à reculons vers le fond; il la suit. Les tentures s'écartent. On voit la nuit calmée, mélancolique encore, mas pleine de lune. — Briséïs monte la route à reculons; Hylas la suit, les bras tendus...

Suis-moi vers l'auguste mystère Des baisers jamais désunis ; Les morts, dans la nuit solitaire, Sont les ramiers des sombres nids :

Hyménée ! Hymen!...

HYLAS

O mvstère!...

Ils disparaissent dans la nuit. — L'orchestre, pendant que la toile baisse lentement, les suit vers l'hymen. On entend qu'ils marchent, qu'ils arrivent.

« Dans la solitude sacrée,

« Là-bas, vers le vague horizon

« De bronze et de marbre murée,

« Il est une maison. »

Ils entrent dans la maison. Ce sont les Funérailles nuptiales; les deux Corbeaux roucoulent comme les deux Ramiers.

« C'est là qu'habitent les silences

« Et le pâle oubli du terrestre jour,

« Et c'est là qu'enfin tu commences,

« Immortel amour ! »

Puis les Funérailles, en même temps que la nuit, se dispersent dans le thème de l'Hyménée qui se mêle, parce que le jour se lève, au thème lumineux d'Apollon, qui est aussi celui de Jésus. Et voici, dans le cimetière, le plein jour.

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