‹ Brisquet ou L'heritage de mon oncle comedievaudeville en deux actesChapitre 11 sur 40 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LAI’OMPE , BRISQÜET.

lapompe. Maintenant que nous sommes seuls, à nous deux, mon garçon.

BRISQLET. .1' vous vois venir; vous allez me proposer un verre de blanc.

LATOMPE. Du tout.

brisqlet. Alors c’est du rouge, ça me va encore.

lapompe. Il n’est pas question degobloter pour le quart d'heure ; mettons les canons sous la remise jusqu’à nouvel ordre, et causons.

brisqlet. On s’arrose et l'on cause tout d’ même, père Lapompe.

lapompe. Je ne dis pas le contraire, mais je veux rester à sec, j'ai besoin de tous mes moyens... et de tes deux oreilles!..; Voilà la chose : Nicolas, penses-tu que Thérèse soit véritablement ma fille ?

BRISQÜET. Dam ! et vous?..

lapompe. Je te demande ton avis.

brisqlet. Si feu votre femme était là...

lapompe. Je n’ai jamais eu de femme.

brisqlet. Ah ! bah '. ..

lapompe. J’aimais trop mon indépendance et I cpiclon pourfaire une semblable boulette.

brisquet. Alorscettc jeune (ille, comment est-elle venue?

lapompe. Dans un seau d'ean.

brisqlet. Depuis quand comptez -vous me faire avaler celui-là?-.. J’ai bien entendu dire, lorsque j’étais petit, que ça venait sous des choux, mais dans un seau d’eau...

lapompe. C’est pourtant comme ça... Je te disais que je n'avais jamais voulu me marier pour n’avoir pas à m’occuper des mioches et d’une famille. Je ne connaissais qu'un Dieu, c’était le marchand de vin; et

mon paradis, c’était le cabaret !... J’ buvais à l’heure... c’est moi qui ai aidé à enfoncer la mère Radis. Or, un soir, en sortant de soiffer , je reprends mes seaux que j’avais laissés à la porte, et je m’en retourne chez moi tout en festonnant ; arrivé dans mun garni, j'allais taper de l'ceil quand j'entends des petits cris ; je croyais que c'était le chat d’une voisine, pas du tout... j'aperçois un paquet qui remue dans mon seau, je le retire, et je vois un enfant de six semaines au plus, mais jolie!.,, un amour, quoi!...

brisqlet. C'était mademoiselle Thérèse?

lapompe. Juste, tu as mis le doigt dessus.

brisqlet. Et vous n’avez jamais su quel était son père ?

lapompe. Si fait ; un mot d’écrit était attaché aux vêtements de l'enfant, et m’annonçait qu'il appartenait à un brave ouvrier qui comme moi était venu du pays!... Pauvre Jérôme, sa femme était morte en- lui donnant cette petite fille ; et lui, deux heures avant de • s’éteindre à l’hospice , il avait chargé quelqu'un de mettre l’enfant dans les seaux de son vieil ami Jacques.

rriqlet. Après?

lapompe. Après? quand j’ai vu cette innocente créature qui me tendait ses petites mains, il s'est fait aussi une révolution en moi; il me semblait que le vin que javais bu me brûlait... je compris qu’on pouvait employer mieux que ça l'argent qu’on gagnait tous les jours, et je me dis :

Air : Je uni pas vu ces bosquets de lauriers. Jérôme en moi s'est montré confiant;

C qu’il me laiss’ là sera tout* ma famille!...

Là haut, mon Aïeux , n’ pleur' pas sur ton enfant, Jacqu's n' boira plus pour élever la fille.

Ah-! ce trail-Ià, beau-père, vous fait honneur!

LAPOMI'I.

Pourquoi donc ça? les ouvriers sont frères ; Faut bien du sort combattre la rigueur Et l’un pour l’autre le malheur Ne nous rend-il pas solidaires?...

Malgré toute ma belle résolution, mon coude se levait toujours malgré moi ; qu'est-ce que j’ai fait alors ? j'ai élé chercher un livret à la caisse d’épargnes au nom de ma petile Thérèse... Tons les dimanches j’y portais une partie de ma semaine... Aujourd’hui qu’elle a dix-huit ans, elle possède en toute propriété six mille deux cent cinquante-trois francs soixante-quinze centimes.

brisqlet. Ce qui, avec les culottes de mon oncle, nous fait un avoir un peu chouette.

lapompe. Elle serait plus riche encore si de temps en temps je n’avais pas fait de légers accrocs à son livret., mais, dam, mon garçon, que veux- lu?. .. on ne peut pas toujours vivre comme un saint !... 11 y a des moments

MAGASIN THÉÂTRAL

où à tout prix il faut nocer ; et quand les toiles se touchaient, eh bien, crac!... j'allais retirer quelques roues de derrière eu me disant : Je remettrai ça la semaine prochaine, cl puis.. Enfin elle a sa petite somme ronde, cl je n’y toucherai plus .. Et pour que l’en sois plus sûr, puisque lu vas bientôt devenir son mari, voilà sou livret que je leconlie d’avance.

MUSQÜET. l>u tout... je n’en veux pas...

mais je vais le regarder... Oh! quelles grandes pattes de mouches !

lapompe. Ça c'est une autre paire de manches. .. une nouvelle histoire...

BBlsitt et. Encore... vous ôtes donc le petit-fils de ma mère l’Oie?

la pompe. Ce que tu vois là me coûte dix francs!

MUSQÜET. Je ne vous en donnerais pas deux sols.

lapompe. Peut-être, quand tu sauras de quoi il retourne... C'étail uu soir... un an après la trouvaille dans mon seau d’eau.

nuiSQl et. Mademoiselle Thérèse, quoi?. lapompe. Oui... je passais sur le pont

Notre-Dame... il faisait nuit uu grand

jeune homme maigre... un bel échalas était devant moi... il jouait des bras et des jambes, on aurait dit d'un fou, puis il jurait dans un patois que je ne connais pas... quand tout à coup il grimpe sur le parapet et v’iau...

nniSQl'ET. Il fait le plongeon. lapompe. Je pique une tête je l'em-

poigne par sa cravate. .. nous prenons pied enfin... on nous conduit chez le commissaire, qui l’interroge... mon échalas baragouine...

baragouine... moi, je n'y comprenais rien...

mais il parait que le commissaire, lui, était plus fort sur le baragouin... Il me dit que c’est un étranger qui , ayant perdu tout son argent à la roulette et mourant de faim, a pris Te parti de se détruire... C’est une bêtise que je réponds... quand on a deux bras

à cet âge-lh on ne doit jamais mourir de

faim... puis, je fouillé dans mes poches... je retire tout ce qu'il y avait dedans... et je trouve dix balles... je les place dans la main du grand maigre . . il me remercie en me serrant les quatre doigts et le pouce....

empoigne la plume du commissaire et écrit quelques lignes sur mon livret., un reçu, sans doute, de la somme... moi... je m'eu retourne chez moi, accablé de bénédictions, et trempé comme un caniche.

BftlSgtiET.

Aie du Verre.

!>’ voua exposer vous aviez tort, r.ar tout au food vous pouviez l’ suivre!..* l troues.

Je n* pouvais pas trouver la mort

Dans ia rivièr* qui me fait vivre.

fc&lSOOET.

F.nfor mieux qu'à voire tonneau On boit un coup dans c*te baignoire.

L i roii PE.

Mon chpr ami, comme c’était d* Tenu,

J'étais bien »ùr d’ n'en pas ttop boire.

Ah ça , j’ai un petit gras à faire avec des I amis; veux-tuenétre?

iîMsqüet. Je ne demande pas mieux; mais c’est que je voudrais me faire beau... et il me | faut du temps.

lapompe. Eh bien! dépêche-toi... j’ t’em- 1 mène...

BrisqüET. C’est ça, je donnerai le bras à : mademoiselle Thérèse.

lapompe. Prends garde de le perdre...

j Thérèse reste à la maison...

MUSQÜET. Parce que... quoi?...

> lapompe. Parce que sa place n’est pas au milieu d’nn tas de canailles comme toi, moi I et mes amis. ..

brisquet. C’est juste... respectons l’inno- : ccnce, et puis ou boit beaucoup mieux quand I les femmes ne sont pas là.

At« : Je cAnnie, je liante ; scène I l ne du la Tirelire).

La noce, la noce, la ooce.

Au cabaret faut sc faire uue bosse;

Je puis m’en donner saus façon, Puisqu’eujourdTiui je suis encor garçon t

ENSEMBLE

La noce, la noce, etc., etc.

LAPOMPE.

La noce, la noce, la noce.

Au cabaret faut sc faire une bosse ;

Tii peux t'en donner sans façon.

Mais balle-là quand tu n* seras plus garçon !

Brisquet sort.

WVVVVVVWVWVVWVVVVVWVUVVVVVVVVVXVVWVVXVVVWVVVVVVWVVV

Page 1