THÉRÈSE, BRISQUET
BRISQUET. Certainement je ne suis pas bégueule... oh! non... mais je ne ferais pas ma société intime de mademoiselle Zétulhée.
THÉRÈSE. Oh! soyez tranquille! mon in tention n'est pas du tout de me lier avec cette demoiselle... Nous nous rem unirons quelquefois sur l'escalier, elle a cherché déjà à lier conversation avec moi, mais..
rrisquet. De quoi ! de quoi! vous n’avez pas besoin de vous disculper, mademoiselle Thérèse... Dieu de Dieu! que je me permette de vous tracer votre conduite... à vous... un ange... une sainte !
THÉRÈSE, souriant. Vo is allez trop loin.
BRISQUET. Mon intention n’est [tas de vous offenser ; mais voyez-vous, plus je vous re- : garde et plus je vous vois telle que vous êtes, et quand je pense que tout ça sera bientôt ma propriété, à moi un imbécile, un mauvais sujet, un drôle, un... ,
THÉRÈSE, souriant Je nouveau. Ah ! vous allez trop loin encore.
br]squet. Du tout... comme ça me regarde, j’ai le droit de tu 'agonir. Qu'est-ce que je disais? un drôle... oui. c'est bien ça. •Quanti je me rappelle qu'avant de vous cou- : naître je loupais neuf jours de la semaine,
' je tirais i.z -avale le dintanclé* et je couchais i régulièrement à la Préfecture, étais v’Ià que ; j'ai fait la connaissance du père I.a|K>mpe au Saurage, à la Courtille.. . j'étais bu. et i lui aussi... j'ai voulu l’asticoter, il m’a trempé une soupe... Oh ! la (telle soupe !... Le lendemain il m'a fait d' la morale, je ne l'écoutais pas, car vous étiez là, vous me regardiez en dessous avec vos jolis yeux; ce regard-là m’a changé tout d'un coup... Je me suis dit: I Si je devenais assez honnête garçon pour '
plaire à cette jeune fille-là, je serais bien heureux!... Pour lors j’ai fait la révérence à la loupe, j’ai tiré mes guêtres à la savate, je me suis mis à l'eau comme un canard, j'ai empngné la besogne, j’ai pioché ferme, et alors...
Thérèse, baissant les yeux. Vous avez demandé ma main à mon père....
BRISQUET. Qui m'a dit: Continue, garçon, à le rendre digne d'elle; fais-toi un petit magot! EU puis un jour. ... n'csl-ce pas , mademoiselle Thérèse 1 faut pas rougir pour ça; quand monsieur le maire l'aura permis ; je ne demande rien araut... que votre amitié.
THÉRÈSE. Je sais que vous êtes un brave et Içonnéte garçon, monsieur Rrisquet, et je vous prie de me ri-mlrt- un service.
rrisquet. Un service! mais dix, mais cent, mais mille... Quoi qu'il faut faire?
Thérèse, hésitant. Il s’agirait... sans en parler à mon père...
BRISQUET. Bon! il faut que ça lui passe devaut le nez au père Lapompc... convenu.
Thérèse. Il faudrait remettre ce paquet-là...
BRISQUET. Ah ! Où ça?
THÉRÈSE. Faubourg Poissonnière.
BRISQUET. A qui ?
THÉRÈSE. Au maître de la maison.
BRISQUET, prenant le paquet. C’est de l’ouvrage que vous renvoyez sous enveloppe?
Thérèse. Non, ce sont deux lettres.
BRISQUET. Deux lettres!
THÊnÈSE. On s’était trompé en me les adressant, croyez-le bien; n’ayez pas de moi une mauvaise opinion, je ne le mérite pas.
rrisquet. Assez, assez, mademoiselle Thérèse, ça me suffit ; je vous crois les yeux fermés,.. Je vous aime tant!... [Il sert te paquet.) Le paquet sera remis à son adresse.
THÉRÈSE. Oh! merci, merci!... C’est maintenant que je suis assurée qu’une féminisera heureuse avec vous.
BRISQUET. Sapristi, oh ! oui, qu'elle sera heureuse!... Tout ce qu'elle voudra , je le lui donnerai : des robes, des châtaignes, des bijoux, de la galette et des omnibus!... lue fois votre mari, sa majesté le roi de Prusse ne sera pas mon cousin... Et le jour de la noce donc, en ferons-nous de ces cascades!
je m’v vois déjà; en avant deux...
Am :
J’entends Et j’préleuds L'iour de ma nore.
Qu’nous soyons tous deux Pimpants et joyaux ;
En nous pavanant dans un carrosse.
Chez l'maire on ira,
Il nous unira.
Apres le Coitjungo