‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 106 sur 117 · OSMIN · texte numérisé non relu

OSMIN

Eh ! laissez-les entr’eux exercer leur courroux.

Bajazet veut périt, Seigneur, songez à vous.

Qui peut de vos desseins révéler le mystère ,

Si-non quelques amis , engagés à se taire ?

Vous verrez par sa mort le Sultan adouci.

P.oxanc, en sa fureur, peut raisonner ainsi;

Mais moi, qui vois plus loin, qui , par un long usage. Des maximes du trône ai fait l’apprentissage ,

Qui . d’emplois en emplois, vieilli sous trois Sultans,

Ai vu de mes pareils les malheurs éclatans ,

Je sais , sans me flatter , que de sa seule audace Un homme , tel que moi , doit attendre sa grâce.

Et qu’une mort sanglante est l’unique traité Qui reste entre l’esclave et le maître irrité.

*0 BAJAZET

Fuyez donc.

J’approuvois tantôt cette pensée*

Mon entreprise alors étoit moins avancée ;

Mais il m’est désormais trop dur de reculer, l’ar une belle chûte il faut me signaler ,

Et laisser un débris, du moins, après ma fuite.

Qui de mes ennemis retarde la poursuite.

Bajazet vit encor : pourquoi nous étonner ?

Acomat de plus loin a su le ramener.

Sauvons-le, malgré lui, de ce péri! extrême.

Four nous , pour nos amis , pour Roxanc cl!e-mcme. Tu vois combien son cœur , prêt à le protéger ,

A retenu mon bras trop prompt à la venger.

Je connois peu l’amour ; mais j’ose te répondre Qu’il n’csr pas condamné, puisqu’on veut le confondrCi Que nous avons du rems Malgré son désespoir , Roxanc l’aime encore , Osmin , et le va voir.

Enfin , qui vous inspire une si noble audace ?

Si Roxanc l’ordonne , il faut quitter la place.

Ce Palais est tout plein..,.

Acomat, l’interrompant.

Oui, d’esclaves obscurs, Nourris , loin de la guerre , à l’ombre de ses murs Mais toi, dont la valeur d'Amurat oubliée Far de communs chagrins à mon sort s’est liée , Voudras-tu jusqu’au bout seconder mes fureurs 5

Seigneur, vous m’offensez ! Si vous mourex , je meurs.

D’amis et de soldats une troupe hardie Aux portes du Palais attend notre sortie.

La Sultane , d’ailleurs , se fie à mes discours.

Nourri dans le Sdrail , j’en connois les détours.

Te sais de Bajazet l’ordinaire demeure.

Ne tardons plus : marchons ; et , s’il faut que je meure

Mourons , moi , cher Osmin, comme un Visir , et toi a Comme le favori d’un homme tel que moi.

Fin du quatrième Acte *

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