‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 11 sur 117 · I-idcllc à sa douleur, et dans l’ombre enfermée · texte numérisé non relu

I-idcllc à sa douleur, et dans l’ombre enfermée

TRAGÉDIE; it

Elle sc déroboit même à sa renommée ;

Et c’est cette vertu , si nouvelle à la Cour ,

Dont la persévérance irrite mon amour.

Quoi! Narcisse, tandis qu’il n’est point de Romaine Que mon amour n’honorc et ne rende plus vaine i Qui , dès qu’à scs regards elle ose sc fier.

Sur le coeur de César ne les vienne essayer;

Seule dans son Palais, la modeste Junie Regarde leurs honneurs comme une ignominie ,

Fuit, et ne daigne pas peut-être s’informer Si César est aimable , ou bien s’il sait aimer ! Dis-moi , Britar.nicus l’aime-t-il ?

Seigneur ?

Narcisse.

Quoi ] s’il l’aime , Néron. v '

Si jeune encor , sc connoît-il lui-même ?

D’un regard enchanteur connoît-il le poison ?

Seigneur, l’amour toujouts n’attend pas la raison. N’cn doutez point , il l’aime. Instruits par tant do chahnes ,

Ses yeux sont déjà fa'ts à l’usage des larmes.

A scs moindres désirs il sait s’accommoder»

Et peut-être déjà sait il persuader.

Néron. <

Que dis-tu? Sur son coeur H auroit quelque empire! Narcisse.

Je ne sais ; mais , Seigneur , ce que je puis vous dire m Je l’ai vu quelquefois s’arracher de ces lieux

Le coeur plein d’un courroux qu’il cachoit à vos yeux. D’une Cour qui le fuit pleurant l’ingratitude.

Las de votre grandeur et de sa servitude.

Entre l’impatience et la crainte flottant ,

11 alloit voir J unie, et revenoit content.

Néron.

D’autant plus malheureux qu’il aura su lui plaire , Narcisse; il doit plutôt souhaiter sa colere.

Néron impunément ne seta pas jaloux 1

Vous ?... F,h ! de quoi , Seigneur , vous inquiétez vous? Junic a pu le plaindre et partager scs peines :

Elle n’a vu couler de larmes que les siennes ;

Mais aujourd’hui^ Seigneur, que ‘es yeux dessillés , Regardant de plus près l’éclat dont vous brillez. Verront autour de vous les Rois sans diadème , Inconnus dans la foule , et son amant lui même. Attachés sur vos yeux , s’honorer d’un regard ,

Que vous aurez sur eux fait tomber au hasard ; Quand clic vous verra , de ce degré de gloire ,

Venir, en soupirant, avouer sa victoire, *■

Maître, n’en doutez point , d’un cœur déjà charmé. Commandez qu’on vous aime , et vous serez aimé.

Néron.

A combien de chagrins il faut que je m’apprête î Que d’importunités !

Seigneur ?

Narcisse.

Quoi donc! qui vous arrête.*

TRAGÉDIE. tj

Néron.

Tout; Octavie, Agrippine, Burrhus , Séneque, Borne entière et trois ans de vertus.

Non que pour Octavie un reste de tendresse M’attache à son hymen et plaigne sa jeunesse.

Mes yeux , depuis long-tems , fatigués de scs soins , Rarement de scs pleurs daignent être témo'ns.

Trop heureux si bientôt la faveur d’un divorce Mc soulageoit d’un joug qu’on m’imposa par force î Le Ciel meme, en secret, semble la condamner.

Ses voeux , depuis quatre ans , ont beau l’importuner. Les Dieux ne montrent point que sa vertu les touche t D’aucun gage , Natcissc, ils n’honorent sa couche. L’Empire vainement demande un heritier, Narcisse.

Que tardez-vous. Seigneur, à la répudier?

L’Empire, votre coeur, tout condamne Octavie. Auguste , votre avcul , soupiroit pour Livie : l’ar un double divcicc ils s’unirent tous deux;

Page 1