I.t vous devez l’Empire à ce divorce heureux
Tibere , que l’hymen plaça dans sa famille,
Osa bien à scs yeux répudier sa fille.
Vous seul, lusques ici, contraire à vos désirs, N’osez par un divorce assurer vos plaisirs.
Néron.
Eh ! ne connois-tu pas l’implacable Agrippine i Mon amour inquiet déjà se l’imagine Qui m’amène Ocravic , et, d’un œil enflammé, Atteste les saints droits d’un nœud qu’elic a formé; Et, portant à mou cœur des atteintes plus rudes.
Mc fait un long récit de mes ingratitudes....
De quel front soutenir ce fâcheux entretien ?
Narcisse.
N’êtes-vous pas , Seigneur , votre maître et le sien ? Vous verrons-nous toujours trembler sous sa tutelle ? Vivez , régnez pour vous : c’est trop régner pour elle. Craignez-vous?..,. Mais, Seigneur , vous ne lacraignez pas:
Vous venez de bannir le superbe Pallas , l'allas, dont vous savez qu’elle soutient l’audace.
Éloigné de ses yeux , j’ordonne , je menace ,
J’écoute vos conseils , j’ose les approuver ,
Je m’excite contr’elle et tâche à la braver; .
Mais , je t’expose ici mon amc toute nue,
■Si-tôt que mon malheur me ramené à sa vue,
Soit que je n’ose encor démentir le pouvoir De ses yeux, où j’ai lu si Iong-tctns mon devoir ,
Soit qu’à tant de bienfaits ma mémoire fidelle Lui soumette en secret tout ce que je tiens d’elle.
Mais enfin mes efforts ne me servent de rien :
Mon génie étonné tiemble devant le sien ; .
Et c’est pour m’affranchir de cette dépendance Que je la fuis par-tout, que meme je l’offense,'
Et que, de tems en tems , j’irrite ses ennuis.
Afin qu’elle m’évite, autant que je la fuis....
Mais je t’arrête trop : retire-toi, Narcisse;
Britannicus pourroit t’accuser d’artifice.
Non-, non , Britannicus s’abandonne à ma foi.
Tat son ordre, Seigneur, il croit que je vous voi , Que je m’informe ici de tout ce qui le touche.
Et veut de vos secrets cire instruit par ma bouche. Impatient, sur-tout, de revoir ses amours,
Il attend de mes soins ce fidele secours.
Néron.
ï’y consens; porte-lui cette douce nouvelle:
11 la verra.
Narcisse.
Seigneur , bannisscz-Ie loin d’elle.
l’ai mes raisons , Narcisse ; et tu peux concevoir Que je lui vendrai cher le plaisir de la voir. Cependant , vante-lui ton heureux stratagème ;
Dis lui qu’en sa faveur on me trompe moi meme , Qu’il la voit sans mon ordre. . On ouvre... La voici.
Va retrouver ton maître, et l’amener ici.
( Narcisse sort. )