‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 12 sur 117 · I.t vous devez l’Empire à ce divorce heureux · texte numérisé non relu

I.t vous devez l’Empire à ce divorce heureux

Tibere , que l’hymen plaça dans sa famille,

Osa bien à scs yeux répudier sa fille.

Vous seul, lusques ici, contraire à vos désirs, N’osez par un divorce assurer vos plaisirs.

Néron.

Eh ! ne connois-tu pas l’implacable Agrippine i Mon amour inquiet déjà se l’imagine Qui m’amène Ocravic , et, d’un œil enflammé, Atteste les saints droits d’un nœud qu’elic a formé; Et, portant à mou cœur des atteintes plus rudes.

Mc fait un long récit de mes ingratitudes....

De quel front soutenir ce fâcheux entretien ?

Narcisse.

N’êtes-vous pas , Seigneur , votre maître et le sien ? Vous verrons-nous toujours trembler sous sa tutelle ? Vivez , régnez pour vous : c’est trop régner pour elle. Craignez-vous?..,. Mais, Seigneur , vous ne lacraignez pas:

Vous venez de bannir le superbe Pallas , l'allas, dont vous savez qu’elle soutient l’audace.

Éloigné de ses yeux , j’ordonne , je menace ,

J’écoute vos conseils , j’ose les approuver ,

Je m’excite contr’elle et tâche à la braver; .

Mais , je t’expose ici mon amc toute nue,

■Si-tôt que mon malheur me ramené à sa vue,

Soit que je n’ose encor démentir le pouvoir De ses yeux, où j’ai lu si Iong-tctns mon devoir ,

Soit qu’à tant de bienfaits ma mémoire fidelle Lui soumette en secret tout ce que je tiens d’elle.

Mais enfin mes efforts ne me servent de rien :

Mon génie étonné tiemble devant le sien ; .

Et c’est pour m’affranchir de cette dépendance Que je la fuis par-tout, que meme je l’offense,'

Et que, de tems en tems , j’irrite ses ennuis.

Afin qu’elle m’évite, autant que je la fuis....

Mais je t’arrête trop : retire-toi, Narcisse;

Britannicus pourroit t’accuser d’artifice.

Non-, non , Britannicus s’abandonne à ma foi.

Tat son ordre, Seigneur, il croit que je vous voi , Que je m’informe ici de tout ce qui le touche.

Et veut de vos secrets cire instruit par ma bouche. Impatient, sur-tout, de revoir ses amours,

Il attend de mes soins ce fidele secours.

Néron.

ï’y consens; porte-lui cette douce nouvelle:

11 la verra.

Narcisse.

Seigneur , bannisscz-Ie loin d’elle.

l’ai mes raisons , Narcisse ; et tu peux concevoir Que je lui vendrai cher le plaisir de la voir. Cependant , vante-lui ton heureux stratagème ;

Dis lui qu’en sa faveur on me trompe moi meme , Qu’il la voit sans mon ordre. . On ouvre... La voici.

Va retrouver ton maître, et l’amener ici.

( Narcisse sort. )

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