SCENE V ï
DRITANN.ICÜS , JUNIE, NARCISSE.
BritàNNICüs, à Junie.
ad * me , quel bonheur me rapproche de vous?
Quoi I je puis donc jouir d’un entretien si doux ?.... Mais , parmi ce plaisir, quel chapiin me dévore ? Hélas! puis-je espérer de vous revoir encore?
Faut-il que je dérobe , avec mille détours ,
Un bonheur que vos yeuxm’accordoicnt tous les jours ?' Quelle nuit ! quel réveil!.... Vos pleurs, votre présence *
N’ont point de ces cruels désarmé l’insolence ?
Que faisoit votre amant !..,. Quel démon envieux M’a refusé l’honneur de mourir à vos yeux ?
Hélas J dans la frayeur dont vous étiez atteinte y
M'avcz-vous , en secret , adressé quelque plainte ?
Ma Princesse, avez-vous daigné me souhaiter?
Songiez-vous aux douleurs que vous m’alliez coûter ?... Vous ne médites rien ?... Quel accueil ! quelle glace i Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce ? Parlez.... nous sommes seuls. Notre ennemi trompé , Tandis que je vous parle , est ailleurs occupé.
Ménageons les momens de cette heureuse absence.
Vous êtes» en des lieux tout pleins de sa puissance.
Ces murs même, Seigneur, peuvent avoir des yeux » Et jamais l’Hmpcreur n’est absent de ces lieux.
Eh ! depuis quand, Madame, êtes-vous si craintive? Qnoi ! déjà votre amour souffre qu’on le captive? Qu’est devenu ce coeur , qui me juroit toujours De faire à Néron même envier nos amours ?....
Mais bannissez. Madame, une inutile crainte:
La foi dans tous les coeurs n’est pas encore éteinte. Chacun semble des yeux approuver mon courroux» la mcrc de .Néron sc déclare pour nous.
Home de sa conduite , clic meme offensée....
J U N i e , l'interrompant.
Ah ! Seigneur , vous parlez contre votre pensée ! Vous-même, vous m’avez avoué , mille fois ,
Que Rome le louoit d’une commune voix.
Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage. Sans doute, la douleur vous dicte ce langage ?
Cc discours me surprend , il le faut avouer.
TRAGÉDIE. jy
Je ne vous cherchois pas pour l’entendre louer ! ■Quoi! pour vous confier la douleur qui m’accable,
A peine je dérobe un moment favorable ,
Et ce moment si cher, Madame, est consumé A louer l’ennemi dont je suis opprimé !
Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?.. Quoi 1 même vos regards ont appris à se taire Que vois-je ? vous craignez de rencontrer mes yeux ? Néron vous p’aîroit-il ? vous scrois-je odieux ?
Ah ! si je le croyols !... Au nom des Dieux, Madame, Éclaircissez le trouble où vous jettez mon ame! Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir î
Retirez-vous, Seigneur , l’Empereur va venir.
Britannicus, à Narcisse.
Après ce coup, Narcisse, à quoi dois-je m’attendre?
( Jl sort. )