‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 30 sur 117 · BRITANNI CUS · texte numérisé non relu

BRITANNI CUS

Prit insensiblement dans les yeux de saniece L’amour , où je voulois amener sa tendresse.

Mais ce lien du sang qui nous joignoit tous deux, Ecartoit Ctaudius d’un lit incestueux.

Il n’osoit épouser la fille de ron fierc.

Le Sénat fut séduit. Une loi moins sévère Mit Claude dans mon lit et Rome à mes genoux.

C’etoit beaucoup pour moi , ce n’étoit rien pour vous. Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille ,

Je vous nommai son gendre et vous donnai sa fille. Silanus, qui l’aimoit, s’en vit abandonné.

Et marqua de son sang ce jour infortuné.

Ce n’étoit rien encore. F.ussiet-vous pu prétendre Qu’un jour Claude à son fils dût préférer son gendre? Pc ce même Pallas j’implorai le secours:

Claude vous adopta , vaincu par scs discours.

Vous appclla Néron , et du pouvoir suprême Votdut, avant le tems, vous faire part lui-même.

C’est alors que chacun , rappelant le passé ,

Découvrit mon dessein , dé>a trop avancé;

Que de Britannicus la disgrâce future Des amis de son père excita le murmure.

Mes promesses aux uns éblouirent les yeux;

L’exil me délivra des plus séditieux.

Claude même, lassé de ma plainte éternelle.

Eloigna de son fils tous ceux de qui. le 7cle,

Engagé , dès long-tcms , J suivre son destin.

Pouvoir du trône encor lui r’otivrir le chemin.

Je fis plus. Je choisis, moi-meme, dans ma suite, Ceux à qui je voulois qu’on livrât sa conduite.

Teus soin de vous nommer, par un contraire choix,

Des Gouverneurs que Rome honoroit de sa voix.

Je fus sourde à ia brigue , et crus la Renommée, l’appelai de l’exil , je tirai de l’armée ,

Et ce même Sérfeque , et ce meme Burrhus,

Qui depuis.... Rome alors estimoit leurs vertus.

De Claude, en meme tems , épuisant les richesses Ma main , sous votre nom , répandoit scs largesses. Les spectacles , les dons , invincibles appas ,

Vous attiroient les coeurs du peuple et des soldats,

Qui , d’ailleurs, réveillant leur tendresse piemicre, ïavorisoient en vous Gcrmanicus , mon pere.

Cependant Ciaudius pcnchoit vers son déclin.

Scs yeux , long-tems fermés, s’ouvrirent, à la fin.

Il connut son erreur. Occupé de sa crainte.

Il laissa pour son fils échapper quelque plainte ,

Et voulut , mais trop tard , assembler ses amis.

Ses Gardes, son l'aîais , son lit m’étoient soumis.

Je lui laissai sans fruir consumer sa tendresse;

De ses derniers soupirs ic me rendis maîtresse.

Mes soins, en apparence, épargnant scs douleurs,

De son fils, en mourant, lui cachèrent les pleurs.

Il mourut... Mille bruits en courent à ma honte...» l’arrêtai de sa mort la nouvelle trop prompte;

Et tandis que Burrhus alloit , secrètement.

De l’armée en vos mains exiger le serment.

Que vous marchiez au camp , conduit sous mes auspices ,

-Dans Rome les Autels fumoient de sacrifices: îar mes ordres trompeurs , tout le Peuple excité ,

êo B R I T A N N I C U S,

Du Prince déjà mort demandoit la santé.

Enfin , des Légions l’entière obéissance Ayant de votre Empire affermi la puissance.

On vit Claude ; et le Peuple , étonné de son sort ,

Apprit en même tems votre règne et sa mort.

C’est le sincere aveu que je voulois vous faire.

Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire.

Du fruit de tant de soins à peine jouissant En avez-vous six mois paru reconnoissant Que, lassé d’un respect qui vousgênoit, peut-être. Vous avez affecté de ne me plus conr.oûrc.

J’ai vu Burrhus, Sénèque, aigrissant vos soupçons , De l’infidéliré vous tracer des leçons,

Ravis d’être vaincus dans leur propre science.

J’ai vu favoriser de votre confiance Othon, Sénécion , jeunes voluptueux.

Et de tous vos plaisits flatteurs respectueux.

Et lorsque , vos mépris excitant mes murmures.

Je vous ai demandé raison de tant d’injures.

Seul recours d’un ingrat qui se voit confondu.

Par de nouveaux affronts vous m’avez répondu. Aujourd’hui , je promets Junic à votre frere;

Ils se flattent tous deux du choix de votre merc :

Que faites-vous ? Junte, enlevée à la Cour,

Devient , en une nuit , l’objet de votre amour.

Je vois de votre cœur Octavic effacée,

Prête à sortir du lit où je Pavois placée.

Je voisPallas banni, votre frere arrêté;

Vous attentez enfin jusqu’à ma liberté;

Burrhus ose sur moi porter ses mains hardies;

St

Et lorsque , convaincu de tant de perfidies.

Vous deviez ne me voir que pour les expier,

C est vous qui m’ordonnez de me lustifier 2

Je me souviens toujours que ;e vous dois l'Empire »

Et , sans vous fatigue, du soin de le redire,

Votre bonté , Madame, avec tranquillité.

Pou voit se reposer sur ma fidélité.

Aussi-bien, ces soupçons , ces plaintes assidues Ont fait croire à rous ceux qui les ont entendues Que jadis ( j’ose ici vous le dire , entre nous )

Vous n aviez, sous mon nom, travaillé que pour vous, « Tantd'honneuts , disoicnt-ils, et tant de déférences •9 Sont-cc de ses bienfaits de foiblcs récompenses ? Quel crime a donc commis ce fils tant condamné ? Est-ce pour obéir qu’elle l’a couronné?

« N’esr-il de son pouvoir que le dépositaire? »

Non , que, si jusques-là i’avoispn vous complaire,

Je n’eusse pris plaisir, Madame , à vous céder Ce pouvoir , que vos cris scmbloicnt redemander;

Niais Knmc veut un Maître, et non une Maîtresse.

Vous entendiez les bruits qu’excitoit ma foiblcsse?

Le Sénat, chaque jour, er le peuple, irrités De s’ouïr par ma voix dicter vos volontés ,

Pubüoicnr qu’en mourant Clr.udc, avec sa puissance, M’avoir encor lai'sc sa simpicobéissancc.

Vous avez vu , cent fois , nos soldats , en courroux, Porter, en murmqrant, leurs ailles devant vous; Honteux de rabaisser, par cct indigne usage, .

Les Héros donc encore elles portent l’image ?

<r, britannicus.

Toute autre se scroit rendue à leurs discours;

Mais , si vous ne régnez , vous vous plaignez toujours. Avec Britannicus contre moi réunie,

Vous le fortifiez du parti de Junie,

Et la main de Pallas trame tous ces complots;

Et lorsque, malgré moi , j’assure mon repos.

On vous voit de colcre & de haine animée.

Vous voulez présenter mon rival à l’armée.

Déjà , jusques au camp , le bruit en a couru.

• Agrippine.

Moi, le faire Empereur ! Ingrat! l’avez-vous cru? Quel seroit mon dessein ? qu’aurois- je pu prétendre? Quels honneurs dans sa Cour , quel rang pourrois-jc attendre ?

Ah ! si sous votre empire on ne m’épargne pas ,

Si mes accusateurs observent tous mes pas ,

Si de leur Empereur ils poursuivent la merc.

Que ferois-je au milieu d’une Cour étrangers ?

Us me reprocheroient, non des cris impuissans.

Des desseins étouffés, aussi-tôt que naissans.

Mais des crimes pour vous commis à votre vue.

Et dont je ne scrois que trop tôt convaincue.

Vous ne me trompez point, je vois tous vos détours! Vous 8 tes un ingrat ... vous le fûtes toujours.

Dès vos plus jeunes ans , mes soins et mes tendresses N’ont arraché de vous que de feintes caresses.

Rien ne vous a pu vaincre, et votre dureté Auroit dû dans son cours 'arrêter ma bonté.

Que je suis malheureuse! eh ! par quelle infortune

TRAGÉDIE. 6i

Faut-il que tous mes soins me rendent importune?....

( A part. )

Je n’ai qu’un fils , 6 Ciel, qui m’entends aujourd’hui , T’ai-je fait quelques voeux qui ne fussent pour lui? Remords, crainte, périls, rien ne m’a retenue.

J’ai vaincu ses mépris, j’ai détourné ma vue Des malheurs qui, dès-lors, me furent annoncés....

( A Ne'ion. )

J’ai fait ce que j’ai pu.... Vous régnez > c’est assez. Avec ma liberté , que vous m’avez ravie ,

Si vous le souhaitez , prenez encor ma vie ;

Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m’a tant coûté!

Néron.

Hé bien donc , prononcez. Que voulez-vous qu’on fasse i

Agrippine.

De mes accusateurs qu’on punisse l’audace ,

Que de Iiritannicus on calme le courroux,

Que Junie , à son choix , puisse prendre un époux ; Qu’ils soient libres tous deux et que Pallas demeure ; Que vous me permettiez de vous voir à toute heure ?..., ( Apercevant Burrhus , qui parott , dans le fond d*

Théâtre. )

Que ce même Burrhus, qui nous vient écouter,

A votre porte enfin n’ose plus m’arrêter.

*4 BRIT ANNICUS,

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