‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 34 sur 117 · I.es Dieux de ce dessein puissent-ils le distraire · texte numérisé non relu

I.es Dieux de ce dessein puissent-ils le distraire

Mais peut-être il fera ce que vous n’osez faire.

Néron.

On répond de son cœur et je vaincrai le inien. Narcisse.

Et l’hymen de Junic en est-il le lien?

Seigneur, lui faites- vous encor ce sacrifice?

C’est prendre trop de soin. Quoi qu’il en soit , Narcisse ,

Je ne le compte plus parmi mes ennemis.

Narcisse.

Agrippine, Seigneur, se l’étoit bien promit.

Elle a repris sur vous son souverain empare,.

7 0 JBRITANNICUS,

Néron.

Quoi donc ! qu’a-t-e!lc dit ! et que voulez-vous dire ? . Narcisse.

Elle s’en est vantée assez, publiquement.

Néron.

Te quoi?

Narcisse.

Qu’elle n’avoit qu’à vous voir un moment; Qu’à tout ce grand éclat , à ce courroux funeste On verrait succéder un silence modeste;

Que vous-même à la paix souscririez le premier. Heureux que sa bonté daignât tout oublier!

Néron.

Mais, Narcisse, dis-moi, que veux-tu que je fasse?

Je n’ai que trop de pente à punir son audace ;

Et si je m’en crovois ce triomphe indiscret Seroit bientôt suivi d’un éternel regret.

Mais de tout l’univers quel sera le langage ?

Sur les pas des Tyrans veux-tu que je m’engage?

Et que Rome, effarant tant de titres d’honneur,

Mc laisse, pour tous noms, celui d’empoisonneur?

Ils mettront ma vengeance au rang des parricides. Narcisse.

Eh ! prenez-vous , Seigneur , leurs caprices pour guides ?

Avez-vous prétendu qu’ils se tairaient toujours?

Est-ce à vous de prêter l’oreille à leurs discours ?

De vos propres désirs perdez-vous la mémoire?

Et serez- vous le seul que vous n’oscrcz croire ?

Mais, Seigneur, les Romains ne vous sont pas connut.

Non i non, dans leurs discours il sont plus retenus. Tant de précaution affoiblit votre régné ;

Ils croiront, en effet, mériter qu’on les craigne.

Au joug, depuis long-tems , ils se sont façonnés;

Ils adorent la main qui les tient enchaînés.

Vous les verrez toujours ardens à vous complaire : Leur prompte servitude a fatigué Tibère.

Moi -meme , revêtu d’un pouvoir emprunté.

Que je reçus de Claude, avec la liberté,

l’ai cent fois , dans le cours de ma gloire passée ,

Tenté leur patience et ne l'ai point lassée.

D’un empoisonnement vous craignez là noirceur î Laites périr le frère, abandonnez la sœur.

Borne , sur les Autels prodiguant les victimes. Fussent ils innoccns , leur trouvera des crimes.

Vous verrez mettre au rang des jours infortunés Ceux où jadis la sœur et le frcrc sont nés.

Néron.

Narcisse , encore un coup, je ne puis l’entreprendre. J’ai promis à Rurrhus : il a fallu me rendre- Je ne veux point encore, en lui manquant de foi, Donner à sa vertu des armes contre moi.

J’oppose à ses raisons un courage inutile:

Je ne l’écoute point avec un cœur tranquille î Narcisse.

Burrhus ne pense pas. Seigneur, tout ce qu’il dit: Son adroite vertu ménage son crédit j Ou plutôt ils n’ont tous qu’une même pensée.

Ils verioient , par ce coup , leur puissance abaisse : Vous seriez libre alors , Seigneur ; et devant vous

y » . BRITANNICUS,

Ces maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous. Quoi donc ! ignorez-vous tout ce qu’ils osent dire ? es Néron , s’ils en sont crus , n’est point né pour TEtlt* pire.

Y> Il ne dit , il ne fait que ce qu’on lui prescrit :

» Burrhus conduit son cœur , Sénèque son esprit, a» Pour toute ambition , pour vertu singulière,

»a 11 excelle à conduire un char dans la carrière,

» A disputer des prix indignes de scs mains , aa A se donner lui-mcme en spectacle aux Romains, a» A venir prodiguer sa voix sur un Théâtre , ai A réciter des chants qu’il veut qu’on idolâtre;

» Tandis que des soldats , de momens en momens, sa Vont arracher pour lui des applaudissemens.... » Ah 1 ne voulez-vous pas les forcer a se taire!

Néron.

Viens , Narcisse. Allons voir ce que nous devons faire.

Fin du quatrième Acte »

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