J UNIE
Faimois Britannicus , Seigneur , ie vous l’ai dit.
Si de quelque pitié ma misere est suivie ,
Qu’on me laisse chercher dans le sein d’Octaviô Un entretien conforme à l’état où je suis, i Néron.
Belle Junie» allez, Moi-même, je vous suis.
xxxvj JUGÊMENS ET ANECDOTES;
je vais > pat tous les soins que la tendresse inspire » Vous. ........
Il vouloit sortir avec Junie $ mais Agrippine l’arrêtoit , comme elle l’arrête encore , et Junie s’en alloit seule.
Racine le fils ( Remarques sur les Tragédies de son pere ) nous apprend que Britannicus a été traduit en Hollandois et en Espagnol , et que l’Abbé Conti , noble Vénitien , « prit cette Tragédie pour modèle , lorsqu’il voulut , dans son Drusus , peindre , d’après Tacite , le régné de Tibere. » L’Abbé Conti , dans la Préface de cette Piece , dit cc avoir appris en France que l’Auteur de Britannicus avoit eu aussi le dessein de traiter la mort de Drusus. J’ai peine à croire qu’il eût choisi pour le sujet d’une Tragédie un événement si peu vraisemblable que Tacite l’a regardé comme une fable , continue Racine le fils. La Tragédie de l’Abbé Conti n’offre que des crimes , qu’on a peine à concevoir. Cet Abbé étoit un homme d’un mérite distingué $ mais il n’est pas donné à tout Poëte de savoir peindre , d’une maniéré agréable et instructive , l’afireuse Cour de ces Empereurs > et de savoir
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mettre Tacite en vers.... L’Abbé Conti , dans sa même Préface , fait aux François le reproche de ne mettre sur leur Théâtre que des malheurs causés par l’amour j ce qui vient , dit-il , de ce qu'ils passent la plus grande partie de leur vie à faire l'amour. Quand nous mériterions ce reproche , de la part de nos voisins , il ne deyroit pas nous être fait dans la Préface d’une Tragédie où la niece d’Auguste , infidelle épouse , conspire avec Séjan , dont elle est amoureuse , la mort de son mari. De pareilles amours ne souillent point le Théâtre François , « ajoute Racine , le fils.
Voici comment Voltaire s’exprime sur Britan nicus , dans sa Préface des deux Bérénices , de P. Corneille et de Racine , édition de P. et T. Corneille , avec des Commentaires.
« Racine fut bien vengé par le succès de Bérénice de la chute de Britannicus. Cette estimable Piece étoit tombée , parce qu’elle avoit paru un peu froide. Le cinquième acte , sur-tout, avoit un défaut $ et Néron qui revenoit alors avec Junie et qui se justifioit de la mort de Britannicus , faisoit un très-mauvais effet. Néron qui se cache derrière une tapisserie , pour écouter l’entretien der
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Britannicus et de Junie , ( scene septième du second acte ) ne paroissoit pas un Empereur Romain. On trouvoit que deux amans dont l'un est aux genoux de l’autre, et qui sont surpris ensemble , ( scene septième du troisième acte ) formoient un coup de Théâtre plus comique que tragique. Les intérêts d’Agrippine , qui veut seulement avoir le premier crédit , ne sembloient pas lin objet assez important. Narcisse n’étoit qu’odieux. Britannicus et Junie étoient regardés comme des personnages foibles : ce ne fut qu’avec le tems que les connaisseurs firent revenir le Public. On vit que cetto Piece étoit la peinture £del!c de la Cour de Néron. On admira enfin toute 1 energie de Tacite exprimée dans des vers dignes de Virgile. On comprit que Britannicus et Junie ne dévoient pas avoir un autre caractère ; on démêla dans Agrippine des beautés vraies , solides, qui ne sont ni gigantesques, ni hors de la nature , et qui ne surprennent point le Parterre par des déclamations empoulées. Le développement du caractère de Néron fut enfin regardé comme un chef-d’œuvre. On convint que le rôle de Burrhus est admirable , d’un bout à l’autre , et çju il n’y a rien de ce genre dans toute l’antiquité.
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Brîtannicus fut la Pièce des connoisseurs, qui conviennent des défauts et qui apprécient les beautés.»
Tel fut aussi, à-peu-près, sur cette Tragédie le sentiment de Boileau , qui « voyant Racine assez chagrin du peu de succès de la première représentation , courut à lui , devant tout le monde , et l’embrassa , avec transport , en lui disant , tout haut , qu’elle étoit ce qu’il avoit fait de mieux jusqu’alors , » dit l’Abbé de La Porte , dans ses Anecdotes Dramatiques .
«A l’âge de quatre-vingts ans, le célébré Baron voulut jouer le rôle de Britannicus. Plusieurs Spectateurs , choqués de voir ce personnage , qui est un Prince à peine sorti de l’enfance, représenté par un octogénaire , né purent s’empêcher de
rire et d’interrompre le Spectacle. Baron , sans se déconcerter, s’avança sur le bord du Théâtre^ se croisa les bras , et , après avoir regardé fixement le public, il s’écria : Ingrat P drterre , que j'ai élevé ! et continua le rôle. » Ibidem.
« Le même Baron , prêt à jouer ce rôle un jour , trouva le Prince de Conti dans une coulisse , et lui dit , avec dignité : Bon soir au grand
Conti. Tope à Britannicus , lui répondit le
î?iince , en passant. Ibidem .
k JUGEMENS ET ANECDOTES.
Beaubourg , jouant Néron , disoit ces deusf vers de la neuvième scene du troisième acte , adressés à Burrhus, en parlant d’Agrippine î
Bépondcî-m’en , vous dis- je , ou , sur votre refus , D’autres me répondront et d’elle et de Burrhus ,
avec des cris aigus et tout l’emportement de la férocité. Cette expression étrange renfermoit tant de vérité que tout le monde en étoit frappé de terreur. Ce n’étoit plus Beaubourg ; c’étoit Néron même. Cependant , ces deux vers semblent demander uniquement la dignité d’un Empereur et la tranquillité cruelle d’un fils dénaturé , observe l’Abbé de La Porte , ibidem.
« A une représentation de cette Tragédie , sut un Théâtre de Province , l’Actrice qui étoit chargée du rôle d’Agrippine manqua de mémoire , et , au lieu de dire, dans la scene seconde du quatrième acte :
Mit Claude dans mon lit et Rome à mes genoux , elle dit :
Mit Rome dans mon lit et Claude à mes genoux ; i ce qui ne manqua pas de faite beaucoup rire, » Ibidem t '
Représentée , pour la premier e fois > au.
Théâtre de V hôtel de Bourgogne a en Décembre 166$,
personnages.
NÉRON, Empereur Pomain et fils d’Agrippine.
BRITANNICUS, fils de Messaline et de l’Empc^ reur Claudius.
AGRIPPINE, veuve de Domitius Enobarbus, pere de Néron , et en secondes noces veuve de l’Em* perçut Claudius.
J U N 1 E , amante de Britannicus.
B U R R H U S , Gouverneur de Néron.
NARCISSE, Gouverneur de Britannicus*
ALBINE, Confidente d’Agrippine,
Gardes.
La Scene est a Rome 3 dans une chambre du Valais de Néron ,