‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 75 sur 117 · A N T-I OC HUS, TITUS, BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

A N T-I OC HUS, TITUS, BÉRÉNICE

Titus,* à Antiochus .

ViNtï , Prince, venez; je vous ai fait chercher* Soyez ici témoin de toute ma foiblcsse.

Voyez si c’est aimer avec peu de tendresse?

Jugez-nous.

Antiochus.

Je crois tout. Je connois votre amour. Mais vous , connoisscz-moi. Seigneur, à votre tour» Vous m’avez honoré, Seigneur, de'votre estime a

Et moi , je puis ici vous le jurer sans crime,

A vos plus chers amis j*ai disputé ce rang.

Je l’ai disputé même aux dépens de mon sang.

Vous m’avez , malgré moi , confié l’un et l’autre la Reine, son amour, et vous , Seigneur, le vôtre* La Reine, qui m’entend, peut me désavouer:

Elle m’a vu toujours, ardent à vous louer.

Répondre par mes soins à votre confidence.

Vous croyez m’en devoir quelque reconnoissanee» Mais croiriez-vous, Seigneur, en ce moment fatal > Qu’un ami si fideie étoic votre rival?

Titus.

Mon rival ?

II est tems que je vous éclaircisse»

Oui , Seigneur , j’ai toujours adoré Bérénice ;

Pour ne la plus aimer . j’ai cent fois combattu»

Je n’ai, pu l’oublier ; au moins , je.me suis tu.

Hé votre changement la flatteuse apparence M’avoit rendu tantôt quelque foible espérance.

Les larmes de la Reine ont éteint cct espoir.

Ses yeux , baignés de pleurs , demandoîent à vous voîf*. Je suis venu.. Seigneur , vous appeler moi-même. Vous êtes revenu. Vous aimez , on vous aime;

Vous vous êtes rendu ; je n’en ai point douté.

Pour la dernière fois , je me suis consulté :

J’ai fait de mon courage une épreuve dernière.

Je viens de rappeler ma raison toute entière.

Jamais je ne me suis senti plus amoureux.

il fauj d’ autres efforts pour rompre tant de nœuds*

Ce n’est qu’en expirant que je puis les détruire.

J’y cours. Voilà de quoi j’ai voulu vous instruire...;

( A Bérénice. )

Oui, Madame, vers vous j’ai rappelé ses pas :

Mes soins ont réussi j je ne m’en repens pas.

Puisse le Ciel verser sur toutes vos années Mille prospérités . l’une à l’autre enchaînées ;

Ou s’il vous garde encore un reste de courroux ,

Je conjure les Dieux d’épuiser tous les coups Qui pourroient menacer une si belle vie Sur ces jours malheureux que je vous sacrifie.

B â R É N I c ï, se levant.

Arrêtez , arrêtez , Princes trop généreux !

En quelle extrémité me jettez-vous tous deux ( A Antiochus , en montrant Titus. )

Soit que je vous regarde, ou que je l’envisage. Par-tout du désespoir je rencontre l’image ;

Je ne vois que des pleurs, et je n’entends parler Que de trouble . d’horreurs , de sang prêt a couler 1... { A Titus. )

Mon coeur vous est connu , Seigneur , et je puis dire Qu’on ne l’a jamais vu soupirer pour l’Empire.

La grandeur des Romains , la pourpre des Césars N’a point , vous le savez , attiré mes regards ? J’aimois, Seigneur, j’aimois, je voulois être aimée. Ce jour, je l’avoûrai , je me suis alarmée \

J’ai cru que votre amour alloit finir son cours.

Je connois mon erreur , et vous m’aimez toujours. Votre cœur s’est troublé , j’ai vu couler vos larmes. Bérénice , Seigneur , ne vaut pas tant d’alarmes »

Hî que par votre amour l’univers malheureux ,

Dans le tems que Titus attire tous ses voeux Et que de vos vertus il goûte les prémices >

Se voie en un moment enlever ses délices.

Je crois, depuis cinq ans, jusqu’à ce dernier jour» Vous avoir assuré d’un véritable amour.

Ce n’est pas tout ; je veux en ce moment funeste ,

Par un dernier effott , couronner tout le reste.

Je vivrai , je suivrai vos ordres absolus....

Adieu, Seigneur; régnez, je ne vous verrai plus..,.

( A Antiochus. )

Prince , après cet adieu , vous jugez bien , vous-memc Que je ne consens pas de quitter ce qucj’aiine Pour aller, loin de Home , écouter d’autres voeux. Vivez , et faites vous un effort généreux.

Sur Titus et sur moi réglez vere conduite.

Je l'aime, je le fuis : Titus m’aime , il me quitte. Portez loin de mes yeux vos soupirs et vos fers.... Adieu. Servons tous trois d’exemple à l’univers De l’amour la plus tendre et la plus malheureuse Dont il puisse garder l’histoire douloureuse.

Tout est prêt: on m’attend .. Ne suivez point mes pas., i ( A Titus. )

Peur la dernicrc fois, adieu. Seigneur.

Antiochus.

Hélas !

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