‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 76 sur 117 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Chez

A PARIS

'Bélin, Libraire, rue Saint-Jacques, près Saint-Yves ,

[Brunet, Libraire, rue de Marivaux , Place du Théâtre Italien.

M, DCC. LXXXVIL

PRÉFACE

Sultan Amurat, ou Sultan Morat , Empereur des Turcs, celui qui prit Babylone, en 1^38, a eu quatre freres. Le premier» c’est à savoir Osman , fut Empereur avant lui , et régna environ trois ans , au bout desquels les Janissaires lui ôterent l’Empire et la vie. Le second se nommoit Orcan. Amurat , dès les premiers jours de son régné, le fit étrangler. Le troisième étoit Bajazet , Prince de grande espérance, et c’est lui qui est le Héros de ma Tragédie. Amurat , ou par politique , ou par amitié , l’avoit épargné jusqu’au siège de Babylone.. Après la prise de cette ville > le Sultan victorieux envoya un ordre à Constantinople pour le faire mourir 5 ce qui fut conduit et exécuté , à-peu-près » de la maniéré que je le représente. Amurat avoit encore un frere , qui fut depuis le Sultan Ibrahim , et que ce même Amurat négligea , comme un Prince stupide , qui ne lui

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PRÉFACE. i if

Auteur de prendre pour sujet d’une Tragédie une action aussi moderne que celle-ci , si elle s’étoit passée dans le pays où il veut faire représenter sa Tragédie , ni de mettre sur le Théâtre des Héros qui auroient été connus de la plupart des Spectateurs. Les personnages tragiques doivent erre regardés d’un autre oeil que nous ne regardons d’ordinaire les personnages que nous avons vus de si près. - On peut dire que le -respect que l’on a pour les Héros s’augmente à mesure qu’ils s’éloignent de nous , major è longinquo reverenûà. L’éloignement des pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des tems * car le Peuple ne met gueres de différence entre ce qui est , si j’ose ainsi parler , à mille ans de lui et ce qui en est à mille lieues. C’est ce qui fait , par exemple , que les personnages Turcs , quelques modernes qu’ils soient, ont de la dignité sur notre Théâtre. On les regarde de bonneheure comme anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes différentes. Nous avons si peu de commerce avec les Princes et les autres personnes qui vivent dans le Serrait y que nousles considérons , pour ainsi dire , comme des

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gens qui vivent dans un autre siècle que 1<( nôtre.

C’étoit , à-peu-près , de cette maniéré que les Persans étoient anciennement considérés des Athéniens. Aussi le Poète Eschyle ne fit point de difficulté d’introduire dans une Tragédie la mere de Xerxès , qui étoit peut-être encore vivante » et de faire représenter sur le Théâtre d’Athènes la désolation de la Cour de Perse , après la déroute de ce Prince. Cependant ce même Eschyle s’étoit trouve en personne à la bataille de Salamine , où Xerxès avoit été vaincu ; et il s’étoit trouvé encore à la défaite des Lieu-

tenans de Darius , pere de Xerxès , dans la plaine de Marathon j car Eschyle étoit homme de guerre , et il étoit frcrc de ce fameux Cynégirc , dont il est tant parlé dans l’antiquité , et qui mourut si glorieusement en attaquant un des vaisseaux du Roi de Perse.

NOTE

DES RÉDACTEURS

La Préface de Racine donne une idée suffisantc du sujet de cette Tragédie , et nous ne croyons pas devoirlc détailler ici plus paiticulié-' renient.

JUGEMENS ET ANECDOTES

SUR

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et Ï- E succès de Bérénice ayant, sans doute y convaincu l’Auteur qu’il falloit faire régner l’amour dans une Tragédie pour plaire à une nation qui recevcit si favorablement de pareils sujets» entreprit de traiter celui-ci, dit Racine le fils , dans ses Remarques sur les Tragédies de son pere. Cette Pièce , quoique l'amour n’y soit pas peint avec plus de vérité et de vivacité que dans la précédente , est plus souvent redemandée, parce que l'amour y étant théâtral et devenant tragique , excite les deux passions essentielles à la Tragédie , la crainte et la pitié. Celle de Bérénice ne nous présente que la peinture de nos tendresses amoureuses ; celle de Baja\et nous présente la peinture des malheurs où précipite la

JUGEMENS ET ANECDOTES, vi;

Fureur de l’amour , et fait voir quelles fautes peuvent commettre les personnes qui > emportées par cette passion ,

tt Suivent d’un vain plaisir les conseils imprudent >»

( scene première du premier acte. )

Elle attache , outre cela , par l’importance d’une action qui soutient la grandeur du caractère du Visir.... »

« Lorsque cette Piece parut , la critique générale fut qu’elle représentoit des François habillés en Turcs, et des Dames Françoises plutôt que des femmes du Serrail. Cette critique qui ne pouvoit tomber que sur Bajazct et Atalide , étoit encore injuste en tombant sur eux, et un amour sincère , commencé dès l’enfance , augmenté par les obstacles , peut s’expliquer dans le Serrail comme dans tous les pays du monde. Un Turc , dit-on , sc pique-t-il de tendresse et de fidélité ? Pourquoi sc figurer qu’un Turc ne parle jamais d'amour que le sabre à la main ? Bajazet est un

jeune Prince , retenu captif dans le Serrail , et

qui s’attend , à tout moment , qu’on lui va demander sa tête , de la part de son frère : com-

vit; JUGEMENS ET ANECDOTES.

ment auroit-il pu prendre ces mœurs féroces que nous croyons être celles de tous les Turcs S II s*est livré à une passion qui adoucit sa captivité , et il ne sait pas encore se déguiser. Malgré cela , quand il est avec Roxane, maîtresse de le faire régner, ou mourir , il y est avec la fierté d’un Ottoman. Dans le dernier entretien qu’il a avec elle , lorsque cette femme , prête à prononcer l’arrêt de sa mort , s’il hésite à lui promettre sa foi , a la barbarie de lui offrir sa grâce , s’il veut aller voir mourir Atalide , avec quelle vivacité il lui répond , en remettant sa grâce :

v Je ne l’acccpterois que pour vous en punir ! »

( Scene quatrième du cinquième acte. )

Si l’on veut du sang cette Picce en est remplie , puisqu’excepté le grand Visir , dont la mort eût affligé le Spectateur , tous les autres personnages meurent.... Ils ont tous mérité leur mort.... L’amour , quelqu’innocent qu’il puisse être , cesse de l’être quand il résiste à un obstacle auquel il ne lui est pas permis de résister.... Cette Pièce apprend à connoître les suites fu« nestes de l’amour. Tout y conduit à une ino-

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taie très-utile j mais tout y conduit d’une maniéré si dangereuse que Riccoboni ne la veut pas recevoir sar son Théâtre. On ne pouvoit rien imaginer , dit-il , de plus adroit que ce qu'a imaginé l'Auteur pour donner un air de bienséance à un amour qui n'est pas moins vif que tendre ; mais , maigri tout i'art d'un si grand maître .... quand meme je connût trois quelqu'un tTasseq hardi pour réformer M. Ra~ cinc , je ne crois pas qu'il soit possible de réformer uue Pièce dont les expressions les plus vives et les plus touchantes font Pâme. »

« Quand on parle de la manière dont l'exposition d’un sujet doit être faite , on donne pour modèle la première scene de cette Tragédie , continue Racine le fils. Toute la Piece est conduite avec le même art. L’intérêt croît d’acte en. acte et de scene en scene j et lorsque l’action pafoît finie , elle est renouée , tout-à-coup , par quelque fil qu’on n’avoit point prévu * et qui tient toujours l’attention en suspens. »

« Cette Piece fut très-bien reçue. On vit avec plaisir paroître des Turcs sur le Théâtre j et cette nouveauté fut d’autant plus agréable que les Turcs fions étoient alors moins connus qu’au* ^ourd’hui... .»

* JUGEMENS ET ANECDOTES

« Madame de Sévigné , que sa juste admiration pour P. Corneille rendoit quelquefois trop difficile sur les Pièces de son jeune rival ( Racine), rend témoignage des applaudissemens que reçut celle-ci. Voici comment elle en parle dans sa lettre à Madame de Grignan, du 1 3 Janvier 1671. Racine a fait une Tragédie , qui s'appelle Bajazet , et qui releve la paille. Vraiement elle ne va pas ampirando , comme les autres. M. de Talard dit qu'elle est autant au-dessus des Pièces de Corneille que celles de Corneille sont au - dessus de celles de Boyer. Voilà ce qui s'appelle louer ! Il ne faut point tenir les vérités captives. Nous en jugerons par nos yeux et par nos oreilles..., &c. »

te Après l’avoir vue , elle en jugea ainsi.

( Lettre du 15 du même mois. ) La Puce de Racine m’a paru belle.... Ma belle fille m'a paru la plus merveilleuse bonne Comédienne que j 7 aie vut. ( Madame Champmclé , qu’avoit aimée' le fils de Madame de Sévigné , et qui jouoit le rôle d’Atar Jide. ) Elle surpasse la des Œillets , de mille piques ; et moi , qu'on croit assey bonne pour le Théâtre , je ne suis pas digne d'allumer les chandelles quand elle parole. £Ue est laide de près , et je ne m' étonne pas

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que mon fils ait été suffoqué par sa présence ; mais quand elle dit des vers , elle est adorable .Bajazet est beau. J'y trouve quelqid embarras sur la fin , et il y a bien de la passion , et de la passion moins folle que celle de Bérénice. Je trouve pourtant , à mon petit sens , qu'elle ne surpassera pas Andromaque j et pour les belles Comédies de Corneille , elles sont au-dessus,... Croyey que rien n' approchera des divins endroits de Corneille.... » Et dans sa lettre du n 6 Mars suivant, cc Je suis au désespoir que vous etyle % eu Bajazet par d'autres que par moi.... Je voudrais tou envoyer la Champmclé pour vous réchauffer la Tiece.,.% Il y a pourtant des choses agréables , et rien n’est parfaitement beau , rien qui enleve : point' de ces tirades de Corneille , qui font frissonner. Ma fille , gardons-nous bien de lui comparer Racine. Sentons en la différence. Il y a des endroits froids et faibles ; et jamais il n’ira plus loin qu' Andromaque. Bajazet est au-dessous , au sentiment de bien des gens , et au mien , si j'ose me citer.... &c. »

« Le Public a jugé différemment, observe Racine le fils. Il n’est pas étonnant que Madame de Sévigné ait fait une fausse prédiction j mais son silence sur la Tragédie de Britannicus m’étonne *

xi) JUGEMENS ET ANECDOTES.

et me fait juger que cette Tragédie n’avoit point encore acquis alors sa réputation. Pour que le mérite de certains Ouvrages soit généralement reconnu , il faut un tems fort long.... &c. «

« Un Poete Anglois transporta T intrigue de JBaja^et dans un sujet où l’on ne s’attendoit gueres à la retrouver j c’est dans le sujet de Phcdrc tt Hippolyte. »

ce Avant la première représentation de Baja{et, Racine avoit destiné le rôle d’Atalide a Madame Champmêlé , et celui de Roxane à Mademoiselle d’Ennebaut. Dans la suite , il changea de sentiment , et trouva que cette derniere joueroit mieux Ataîide , et Madame Champmêlé Roxane.

Enfin , après avoir repris et redonne les rôles , il revint à son premier avis. » Anecdotes Dramati quet y de l’Abbé de LaPorte.

« On a prétendu que la mort de Monaldeski , Ecuyer de Christine , Reine de Suede , et son amant , qu’elle fit assassiner à Fontainebleau , en , après lui avoir montré des lettres qu’il avoit écrites contre elle , et lui avoir reproché so infidélité , avoit fait imaginer à Racine une scene pareille entre Roxane et Eajazct, » Ibidtm .

'Représentée > par Les Comédiens François * au Théâtre de V hôtel de Bourgogne , le 4 Janvier 1671»

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