‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 78 sur 117 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ACOIUTi

*V ikms , suis-moi. T.a Sultane en ce lieu se doit rendre. Je pourrai, cependant, te parler et t’entendre.

Eh î depuis quand, Seigneur, entre-t-on dans ces lieux. Dont l'accès écoit même interdit à nos yeux ?

Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.

Quand tu seras instruit de tout ce qui se passe ,

Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus...

Mais, laissons, chcrOsmin, les discours superflus. Que ton retour taidoit à mon impatience !

Et que d’un ceil content je te vois dans Bysancc ! Instruis-moi des secrets que peut t’avoir appris Un voyage si long , pour moi seul entrepris.

De ce qu’ont va tes yeux parle en témoin sinccre.

Songe que du récit, Osmin, que tu vas faire Dépendent les destins de l’Empire Ottoman.

Qu’as-tu vu dans l’armée , et que fait le Sultan ?

Osmin.

Babylonc, Seigneur, à son Prince fidclle ,

Voyoit, sans s’étonner, notic année autour d’tlle ; Les Persans rassemblés marchoicnt à son secours >

Et du camp d’ A murât s’approchoicnt tous les jours. Lui- même , fatigue d’un long siège inutile,

Sembîoit vouloir laisser Babylone tranquille >

Et , sans rcnouvcllcr scs assauts impuissans.

Résolu de combattre , attendoit les Persans.

Mais , comme vous savez , malgré ma diligence ,

Un long chemin sépare et le camp et Bysancc Mille obstacles divers m’ont même traversé ;

Et je puis ignorer tout ce qui s’est passé.

Que fâisoient cependant nos braves Janissaires ? Rendent-ils au Sultan des hommages sincères ?

Dans le secret des cœurs , Osmin , n’as-tu rien lu ? Amurat jouit-il d’un pouvoir absolu ?

Osmin.

Amurat est content , si nous le voulons croire »

Et sembîoit se promettre une heureuse victoire.

Mais en vain par ce calme il croit nous éblouir.

Il affecte un repos dont il ne peut jouir.

C’est en vain que , forçant ses soupçons ordinaires.

Il se rend accessible à tous les Janissaires.

Il se souvient toujours que son inimitié

Voulut de ce grand corps retrancher la moitié , Lorsque , pour affermir sa puissance nouvelle,

11 vouloit, disoit-il, sortir de leur tutelle.

Moi-meme j’ai souvent entendu leurs discours; Comme il les craint sans cesse , ils le craignent toujours. Ses caresses n’ont point effacé cetrc injure.

Votre absence est pour eux un sujet de murmure.

Ils regrettent le tems , à leur grand cœur si doux. Lorsqu’ assurés de vaincre ils combattoient sous vous.

Quoi ! tu crois, cher Osmin, que ma gloire passée Flatte encor leur valeur . et vit dans leur pensée? Crois-tu qu’ils me suivroient encore avec plaisir.

Et qu’ils reconnoîcroient la voix de leur Visir ?

Osmin.

Le succès du combat réglera leur conduite.

31 faut voir du Sultan la victoire ou la fuite.

Quoiqu’à regret. Seigneur, ils marchent sous ses loix. Ils ont à soutenir le bruit de leurs exploits.

Ils ne trahiront point l’honneur de tant d’années. Mais, enfin, le succès dépend des destinées.

Si l’heureux Amurat, secondant leur grand cœur.

Aux champs de Babylone est déclaré vainqueur.

Vous les verrez soumis rapporter dans Bysancc L’exemple d’une aveugle et basse obéissance.

Mais si dans le combat le destin plus puissant Marque de quelque affront son Empire naissant ;

S’il fuit, ne doutez point que , fiers de sa disgrâce,

A la haine bientôt ils ne joignent l’audace ,

1 1 u’cxpliqucnt^ Seigneur , la perte du combat

A üj

Comme un arrêt du Ciel qui réprouve Arnurat.

Cependant , s’il en faut croire la Renommée, îl a , depuis trois mois , fait partir de l’armée Un esclave chargé ;dc quelque ordre secret.

Tout le camp interdit trcmblcit pour Bajaxet.

On craignoit qu’A murât , par un ordre sévère» N’envoyât demander la tête de son frere.

Tel étoit son dessein. Cet esclave est venu;

11 a montré son ordre, et n’a rien obtenu.

Quoi! Seigneur, le Sultan reverra son visage,

Sans que de vos respects il lui porte ce gage ?

Cet esclave n’est plus. Un ordre, cherOsmîn,

L’a fait précipiter dans le fond de l’Iiuxin.

Mais le Sultan , surpris d’une trop longue absence , En cherchera bientôt la cause et la vengeance.

Que lui répondrez-vous?

Peut- être, avant ce teins.

Je saurai l’occuper de soins plus importans.

Je sais bien qu’ Arnurat a juré ma ruine.

Je sais , à son retour , l’accueil qu’il me destine.

Tu vois, pour m’arracher du cceurde scs soldats. Qu’il va chercher , sans moi , les sièges , les combats: 11 commande l’armée; et moi, dans une ville,

11 me laisse exercer un pouvoir inutile.

Quel emploi, quel séjour, Osmin , pour un Visiri

Mais j’ai plus dignement employé ce loisir.

j*ai su lui préparer des craintes et des veilles;

Et le bruit en ira bientôt à ses oreilles.

Quoi donc î qu’avez-vous fait?

ï’espcrc qu’aujourd’hui

Bajazet se déclare, et Roxane avec lui.

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