‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 79 sur 117 · OS MIN · texte numérisé non relu

OS MIN

Quoi! Roxane, Seigneur, qu’Amnrata choisie Entre tant de beautés , dont l’Europe et l’Asie Dépeuplent leurs États, et remplissent sa Cour?

Car on dit qu’elle seule a fixé son amour ;

Et même il a voulu que l’heureuse Roxane ,

Avant qu’elle eût un fils , prît le nom de Sultane.

Il a fait plus pour elle , Osmin. Il a voulu Qu’elle eût dans son absence un pouvoir absolu.

Tu sais de nos Sultans les rigueurs ordinaires.

•Le frere rarement laisse jouir ses freres De l’honneur dangereux d’etre sortis d’un sang Qui les a de trop près approchés de son rang. L’imbécillc Ibrahim , sans craindre sa naissance. Traîne, exempt de péril , une éternelle enfance; Indigne également de vivre et de mourir.

On l’abandonne aux mains qui daignent le nourrir. L’autre , trop redoutable , et trop digne d’envie,

Voit sans cesse Amurat armé contre sa vie ;

Cat enfin , Bajazet dédaigna , de tout tems ,

La molle oisiveté des enfaas des Sultans.

Il vint chercher la guerre au sortir de l’enfancc ,

Et même en fît sous moi la noble expérience.

Toi-même tu l’as vu courir dans les combats.

Emporter après lui tous les coeurs des soldats ,

Et goûter, tout sanglant, le plaisir et la gloire Que donne aux jeunes cœurs la première victoire. Mais, malgré ses soupçons, le cruel Amurat ,

Avant qu’un fils naissant eût rassuré l'État , N’osoit sacrifier ce frere à sa vengeance ,

Ki du sang Ottoman proscrire l’espérance.

Ainsi donc, pour un tems , Amurat désarmé ,

Laissa dans le Sérail Bajazct enfermé.

Il partit, et voulut que, fidciîc à sa haine.

Et des jours de son frète arbitre souveraine , Roxane, au moindre bruit, et, sans autres taisons» Le fît sacrifier à scs moindres soupçons.

Pour moi , demeuré seul, une juste coîcre Tourna bientôt mes vœux du côté do son frere. J’entretins la Sultane , et, cachant mon dessein. Lui montrai d’Amurat le retour incertain ,

I es murmures du camp , la fortune des armes.

Je plaignis Bajazet , je lui vantai scs charmes,

Qui , par un soin jaloux dans l’ombre retenus ,

Si voisins de ses yeux , leurs étoient inconnus.

Que te dirai-je , enfin ? la Sultane éperdue .

'M’eut plus d’autres désirs que celui de sa vue.

Osmin.

Mais pouvoicnt-ils tromper tant de jaloux regards, Qui semblent mettre cntr’çux d’invincibles remparts ?

Peut-être il te souvient qu’un récit peu fidcle l)c la mort d’Amurat fit courir la nouvelle.

La Sultane , à ce bruit, feignant de s'effrayer ,

Par des cris douloureux eut soin de l’appuyer.

Sur la foi de scs pleurs ses esclaves tremblèrent :

De l’heureux Uajaiet les gardes se troublèrent ;

Et les dons achevant d’cbranlcr leur devoir.

Leurs captifs , dans ce trouble , osèrent s’entrevoir. Jloxanc vit le Prince ; elle ne put lui taire L’ordre dont elle seule étoit dépositaire.

Baiazet est aimable \ il vit que son salut Dépendoit de lui plaire , et bientôt il lui plut.

Tout conspiroit pour lui. Scs soins, sa complaisance y Ce secret découvert et cette intelligence ,

Soupirs d’autant plus doux qu’il les falloit célcr, L’embarras irritant de ne s’oser parler ,

Meme témérité , périls , craintes communes ,

Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux même dont les yeux les dévoient éclairer > Sortis de leur devoir,’ n’oseicnt y rentrer.

Quoi ! Roxanc , d’abord leur découvrant son amc » Osa-t clle à leurs yeux faire éclatée sa flamme ?

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