ACOMAT, AT AUDE , Z A Y R E
Acomat, à Atalide ,
Enfin , nos amans sont d’accord , Madame. Un calme heureux nous remet dans le port, la Sultane a laissé désarmer sa colere :
Elle m’a déc'aré sa voIonté,dernierc ;
Et tandis qu’elle montre au peuple épouvanté Pu Prophète divin l’étendard redouté.
Qu’à marcher sur mes pas Bajazet sc dispose,
Je vais de ce signal faire entendre la cause ,
Remplir tous les esprits d’une justç terreur Et proclamer enfin le nouvel Empereur.
Cependant , permette?, que je vous renouvelle Le souvenir du prix qu’on promit à mon zelc.
N’attendez point de moi ces doux emportemens.
Tels que j’en vois paroître au coeur de ces amans ;
Mais si par d’autres soins , plus dignes de mon âge,
Par de profonds respects , par un long esclavage.
Tel que nous le devons au sang de nos Sultans,
Je puis
Ataiidi, Vinunompant.
Vous m'en pointez instruire avec te tems;
D ii;
Avec le teras aussi vous pourrez me connoîne....
Mais quel sont ces transports qu’ils vous ont fait paroître ?
Madame , doutez-tous des soupirs enflammes De deux jeunes amans , l’un de l’autre charmés? Atalide.
Non.... mais, à dire vrai , ce miracle m’étonne!...
Et dit-on à quel prix Roxanc lui pardonne?
L’épousc-t-il , enfin?
Madame , je le croï.
Voici tout ce qui vient d’arriver devant moi.
Surpris, je l’avoûrai, de leur fureur commune. Querellant les amans , l’amour et la fortune ,
J’étois de ce l’alais sorti désespéré.
Déjà, sur un vaisseau, dans le port préparé , Chargeant de mon débris les reliques plus chères.
Je méditois ma fuite aux terres étrangères.
Dans ce triste dessein au Palais rappelé , lMcin de joie et d’espoir, j’ai couru, j’ai volé.
La porte du Sérail à ma voix s’est ouverte,
Et d’abord une Esclave à mes yeux s’esr offerte.
Qui m’a conduit, sans bruit , dans un appartement Où Roxanc attentive écoutoit son amant.
Tout gardoit devant eux un auguste silence.
Moi-mSme , résistant à mon impatience ,
Et respectant de loin leur secret entretien.
J’ai long-tcms, immobile, observé leur maintien.
Enfin , avec des yeux qui découvroicnt son ame,.
L’une a tendu la main pour gage de sa flamme; L’autre, avec des regards dloqueus , pleins d’amour, L’a de ses feux , Madame , assurée , à son tour.
Atalide, à part.
Hélas !
Acomat,
Ils m’ont alors aperçu l’un et l’autre....
<c Voilà , m’a-t-ellc dit , votre Prince et le nôtre.
35 Je vais , brave Acomat, le remettre en vos mains. 33 Allez lui préparer les honneurs souverains. ïj Qu’un peuple obéissant l’attende dans le Temple. 33 Le Sérail va bientôt vous en donner l’exemple. j> Aux pieds de Bajazet alors je suis tombé ,
Et soudain à leurs yeux je me suis dérobe.
Trop heureux d’avoir pu , par un récit fidcle.
De leur paix , en passant , vous conter la nouvelle , Et m’acquitter vers vous de mes respects profonds.
Je vais le couronner , Madame, et j’en réponds.
( Il sort. )