‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 91 sur 117 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ATALIDl, Z A Y R E.

S aïre i il est donc vrai, sa grâce est prononcée?

Je vous l’ai dit, Madame: une esclave empressée.

Qui couroit de Roxane accomplir le desir.

Aux portes du Sérail a reçu le Visir.

Ils ne m’ont point parlé; mais, mieux qu’aucun langage ,

I,c transport du Visir marquoit sur son visage Qu’un heureux changement le rappelle au Palais,

F.t qu’il y vient signer une éterncltc paix.

Roxanc a pris , sans doute , une plus douce voie.

Ainsi , de toutes parts , les plaisirs et la joie M’abandonnent , Zaïre , et marchent sur leurs pas !,,% J’ai fait ce que j’ai dû ; je ne m’en repens pas.

Quoi 1 Madame , quelle est cette nouvelle alarme?

Ih ! ne t*a-t-on point die , Zaïre , par quel charme. Ou, pour mieux dire enfin , par quel engagement, Bajazet a pu faire un si prompt changement ?

Boxane en sa fureur paroissoit inflexible;

A-t-elle de son cœur quelque gage infaillible? l’arle : l’épouse-t-il ? %

. Zaïre.

Je n’en ai rien appris?

Mais , enfin , s’il n’a pu se sauver qu’à ce prix.

S’il fait ce que vous-même avez su lui prescrire.

S’il l’épouse , en un mot ?

Ataudi.

S’il l’épouse, Zaïre!.., Zaïre, l’interrompant.

Quoi ! vous repentez vous des génércux'discours Que vous dictoît le soin de conserver ses jours?

Non , non , il ne fera que ce qu’il a dû faire!...

( A part. )

Sentimens trop jaloux, c’est à vous de vous taire.

Si Bajazet l’épouse , il suit mes volontés :

Nespectez ma vertu , qui vous a surmontés.

A ces nobles conseils ne mclez point le vôtre;

Et , loin de me le peindre entre les bras d’une autre, Laissez-moi , sans regret , me le représenter Au trône , où mon amour l’a forcé de monter....

( A Zaïre. )

Oui , je me reconnois , je suis toujours la meme.

Je voulois qu’il m’aimât, chcre Zaïre, il m’aime»

Dij

It , du moins , cet espoir me console aujourd’hui Que je vais mourir digne et contente de lui.

Mourir ? Quoi ! vous auriez un dessein si funeste? Atalidï,

J’ai cédé mon amant, tu t’étonnes du reste?

Peux-tu compter , Zaïre, au nombre des malheurs • Une mort qui prévient et finit tant de pleurs?

Qu’il vive, c’est assez. Je l’ai voulu , sans doute;

Et je le veux toujours, quelque prix qu’il m’en coûte. Je n’examine point ma joie ou mon ennui.

J’aime assez mon amant pour renoncer à lui;

Mais , hélas ! il peut bien penser , avec justice ,

Que si j’ai pu lui faire un si grand sacrifice ,

Ce coeur , qui de ses jours prend ce funeste soin , L’aime trop pour vouloir en être le témoin.... Allons , je veux savoir

Zaïre, l'interrompant.

Modérez-vous, de gracer On vient vous informer de tout ce qui sc passe,...

C’est le Visir.

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