N E RO N
Quoi ! madame, est ce donc une légère offense De m’avoir si longtemps caché votre présence?
Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir,
Les avez-vous reçus pour les ensevelir?
L’heureux Britannicus verra t-il sans alarmes Croître, loin de nos yeux, son amour et vos charmes ? Pourquoi, de cette gloire exclu jusqu’à ce jour,
n entrent jamais sans un motif convenable, ni sans qu’on n’en sache la raison. Junie qu’on a, pendant la nuit, amenée au palais, veut aller voir l’impératrice: pour aller 'a son appartement, il faut qu’elle passe par le lieu de la scène; elle v trouve Néron. •
*) Comme il n’a été parlé que d’Octavie, il faudrait selon L. R., et quelle autre , ou ce commentateur veut sous-entendre quel autre appui. Mais pourquoi ne pourrait-elle pas, dans sa question générale, s’adresser à un homme quelconque à qui elle demanderait la raison de son enlèvement? Bien ne force de mettre en rapport ce quel autre avec Octavie dans le vers précédent.
2) Selon L. R., ce mot d1 attentats renferme ici une ironie qui n’y serait plus si Junie disait mes crimes.
M’avez-vous, sans pitié, relégué dans ma cour1)?
On dit plus : tous souffrez, sans en être offensée, Qu’il vous ose, madame, expliquer sa pensée :
Car je ne croirai point que sans me consulter La sévère Junie ait voulu le flatter;
Ni qu’elle ait consenti d’aimer et d’être aimée,
Sans que j’en sois instruit que par la renommée 2).
Je ne vous nîrai3) point, seigneur, que ses soupirs M’ont daigné quelquefois expliquer ses désirs.
Il n’a point détourné ses regards d’une fille Seul reste du débris d’une illustre famille :
Peut-être il se souvient qu’en un temps plus heureux Son père me nomma pour l’objet de ses vœux.
Il m’aime; il obéit à l’empereur son père,
Et j’ose dire encore, à vous, à votre mère:
Yos désirs sont toujours si conformes aux siens
NERON
Ma mère a ses desseins, madame; et j’ai les miens. Ne parlons plus ici de Claude et d’Agrippine4);
*) L. d. B. relève l’élégance de ces mots, relégué dans ma cour. On dit au figuré : l 'innocence bannie des villes , est reléguée au village. L. H. nous fait sentir ici le poids de cette scène où il s’agit pour Junie, non pas seulement de refuser l’empire et l’empereur, ce qui est pour elle peu de chose, mais d’opter entre la nécessité de renoncer ù celui qu’elle aime, ou de le voir périr.
2) Il y a dans ce vers une licence que la prose ne permettrait jamais. Que dans le sens de seulement doit toujours être accompagné de ne.
3) Ces contractions, nîrai pour nierai , ne sont pas rares dans la poésie; on écrit ïl paîra pour paiera , il avoura pour avouera , et même en prose on écrit également le dénûment et dénuement , le dénoûment et dénouement .
4) Racine se sert tantôt de la terminaison française, Claude , tantôt de la forme latine, Claudius. Dans sa Bérénice nous