BRIT AN NI CU S
Je ne sais pas du moins épier ses discours.
!) Ces paroles d’un tyran dans une tragédie d’Ennius : Ode vint dura metuant , sont très-convenablement placées dans la bouche de Néron.
Je la laisse expliquer sur tout ce qui me touche 1), Et ne me cache point pour lui fermer la bouche 2).
NÉRON
Je vous entends. Hé bien, gardes !
Jü NI E.
Q,ue faites-vous?
C’est votre frère. Hélas! c’est un amant jaloux. Seigneur, mille malheurs persécutent sa vie:
Ah! son bonheur peut-il exciter votre envie?
Souffrez que, de vos cœurs rapprochant les liens,
Je me cache à vos yeux, et me dérobe aux siens 3). Ma fuite arrêtera vos discordes fatales ;
Seigneur, j’irai remplir le nombre des vestales.
Ne lui disputez plus mes vœux infortunés.
Souffrez que les dieux seuls en soient importunés.
NÉRON
L’entreprise, madame, est étrange et soudaine.
Dans son appartement, gardes, qu’on la remène! Gardez Britannicus dans celui de sa sœur.
C’est ainsi que Néron sait disputer un cœur!
x) C’est une faute de langage, que la poésie même ne peut excuser. Il faut absolument pour le sens et pour la grammaire, je la laisse s'expliquer sur .
2) C’est à cet mot que Néron ne peut plus se contenir, appelle ses gardes, et fait arrêter son rival. Il a pu supporter les reproches qui ne tombaient que sur sa puissance; mais humilié dans son amour, convaincu de ses bassesses, sûr que Junie les a toutes révélées, il n’a plus d’autre recours que la violence et l’oppression, et Britannicus est criminel dès qu’il l’a fait rougir. L. H.
3) En prose on dirait: Souffrez que je me cache à vos yeux comme aux siens ; c’est par une élégance poétique que l’auteur a dit : Je me cache ... et me dérobe.