‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 57 sur 87 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

NÉRON, B U R R H ÎI5L

BÜRRHUS.

Que vois-je? O ciel!

NERON sans voir Burrhus.

Ainsi leurs feux sont redoublés ; Je reconnais la main qui les a rassemblés.

Agrippine ne s’est présentée à ma vue,

Ne s’est dans ses discours si longtemps étendue,

Que pour faire jouer ce ressort odieux.

(Apercevant Burrhus.)

Qu’on sache si ma mère est encore en ces lieux. Burrhus, dans ce palais je veux qu’on la retienne,

Et qu’au lieu de sa garde on lui donne la mienne.

1 ) L’effet théâtral de cette scène tient au plaisir que ressent toujours le spectateur de voir la puissance injuste, abaissée et confondue par celui qui n’a d’autres armes que l’innocence et la vérité. Ajoutez encore que Britannicus a ici un avantage avec lequel il ne pouvait pas être petit devant Néron , à moins que l’auteur ne l’eût fait exprès. Cet avantage décisif, qui se fait sentir dans toutes ses réponses, c’est qu’il est en présence de Junie et sûr d’en être aimé. Ce n’était donc pas lui dont il était difficile de soutenir le personnage: c’était Néron qui devait garder sa dignité comme empereur, quoique sacrifié comme amant. Le poète a réussi à l’un et à l’autre, et cet art des propositions théâtrales qu’il faut toujours accorder avec les convenances morales, n’est connu que des grands artistes. L.H.

BURRHUS

Quoi! seigneur, sans l’ouïr1)! Une mère!

NERON

Arrêtez :

J’ignore quel projet, Burrhus, tous méditez 2) ;

Mais, depuis quelques jours, tout ce que je désire Trouve en vous un censeur prêt à me contredire. Répondez-m’en, vous dis-je, ou, sur votre refus,

D’autres me répondront et d’elle et de Burrhus 3).

1) L’auteur qui pouvait mettre également sans V entendre , a

préféré ouïr qu’il emploie souvent: De Vouïr par ma voix dicter mes volontés ( Brit. ); et sans plus rien ouïr ( Iphig.)\ tu vas ouïr le comble des horreurs (Phèd.). Selon L. iü., le P. Bouliours veut que ce mot se dise particulièrement d’un bruit passager qu’on entend par hasard, comme en passant fai ouï une belle voix ; mais l’usage ne prouve pas cette opinion. Pascal aussi

se sert souvent de ce mot: ce magistrat est dans la place où il

doit rendre la justice , le voilà prêt à ouïr avec une gravité exemplaire. Et dans la phrase toute commune : je T ai ouï-dire. Quoi-

que Corneille ait mis trois fois oyez dans un vers de Polyeucte : Oyez , dit-il ensuite , oyez peuple , oyez tous , oyez n’est plus d’usage et on ne se sert de ce verbe ni au présent, ni à l’imparfait, ni au futur.

2) Néron ne pouvait souffrir aucun obstacle à ses volontés, et il était dangereux de désapprouver sa conduite: ut sceleribus promptus , ita audiendi quœ fecercit insolens erat. Cependant un jour qu’il était irrité contre sa mère, Burrhus osa lui représenter qu’il fallait donner à tout le monde le temps de se défendre, et surtout aune mère: cuicunque , nedum parenti, defensionem tribuendam esse ; c’est la remontrance qu’il fait ici: Qitoz, seigneur , sans Vouïr ! Une mère! L. R.

3) L. H. nous fait observer que la progression est ici également marquée, et dans l’intrigue, et dans le caractère du tyran. Son frère est arrêté, parce qu’il est aimé de Junie; sa mère est arrêtée en même temps, parce qu’elle favorise leur amour; et son gouverneur est menacé des fers, parce qu’il a dit un mot en leur faveur. L’intrigue se noue comme cela doit

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