‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 60 sur 87 · Acte IV, Scène IL · texte numérisé non relu

Acte IV, Scène IL

J’ignore de quel crime on a pu me noircir;

De tous ceux que j’ai faits je vais vous éclaircir *). Vous régnez; vous savez combien votre naissance* 2) Entre l’empire et vous avait mis de distance.

Les droits de mes aïeux, que Rome a consacrés Etaient même, sans moi, d’inutiles degrés 3).

Quand de Britannicus la mère condamnée 4)

Laissa de Claudius disputer l’hyménée.

Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix 5), Qui de ses affranchis mendièrent les voix,

Je souhaitai son lit, dans la seule pensée De vous laisser au trône ou je serais placée.

Je fléchis mon orgueil; j’allai prier Pallas.

dans l’empereur que son ouvrage; mais sa hauteur est naturelle, et jamais affectée. Chez elle tout est fier, et rien n’étale la fierté. On se saurait trop faire sentir cette nuance qui sépare le poète dramatique du rhéteur. L. H.

!) On dit peu faire un crime , on préfère généralement commettre. Ce premier verbe semble trop faible pour avoir un semblable régime direct.

2) Elle va lui dire tout ce qu’il sait: et rappeler à un mauvais cœur les sujets de reconnaissance qu’il doit avoir, c’est l’irriter davantage. Néron n’aime pas que sa mère lui fasse un long récit de ses ingratitudes. Elle va le lui faire; et ce long récit qui l’ennuie, n’ennuie point le spectateur, qui apprend l’histoire du règne de Claudius et toutes les intrigues d’Agrippine.

3) Ces droits étaient inutiles , sans avantage pour le fils de Domitius.

4) Le poète a employé cette périphrase pour le nom de Messaline , afin de toucher en même temps le cœur de Néron par le nom de Britannicus son rival. L’intérêt en devient plus personnel pour lui.

5) Comme le dit Tacite, ambitu feminœ arserant. Huic Pallas , illi Callistus aderant. Le règne de Claudius, ajoute L. i?., fut celui de ses affranchis : il ne donnait sa confiance qu’à des âmes viles: orto apud libertos certamine , guis deligeret uxorem Claudio .

Son maître, chaque jour caressé dans mes bras1), Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce 2) L’amour ou je voulais amener sa tendresse.

Mais ce lien du sang- qui nous joignait tous deux3) Ecartait Claudius d’un lit incestueux;

Il n’osait épouser la fille de son frère.

Le sénat fut séduit : une loi moins sévère 4)

Mit Claude dans mon lit, et Rome à mes genoux5). C’était beaucoup pour moi, ce n’était rien pour vous. Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille :

Je vous nommai son gendre, et vous donnai sa fille:

2) Le poète suit Tacite pas à pas: prœvàluerant hæc adjuta Agrippinœ illecebris , quœ ad eum per speciem necessitudinis crebro ventitando pellicit patronum.

2) Pour l’usage des mots nièce et, plus bas, gendre dans le style poétique, voy. notre édition d'1 Iphigénie, p. 65, 4.)

3) Necdum celebrare solemnia nuptiarum audebant nullo exemplo deductœ in domum patrui fratris filiæ. Le mariage d’un oncle avec sa nièce fut très-nouveau pour les Romains: nova nobis in fratrum fîlias conjugia .

4) Tacite rapporte au commencement du Xlle livre des Annales, comment le sénat fut séduit, et rendit la loi qui permettait à l’avenir, à un oncle d’épouser sa nièce. Un seul Romain osa suivre l’exemple de Claudius, et ne le suivit que pour faire sa cour à Agrippine. L. R.

5) Quel vers ! s’écrie L. R. Ubi matrimonii certa fuit , struere majora . . . versa ex eo civitas, et cuncta f émincé obediebant. Ceux qui savent l’imbécille complaisance de Claude pour Agrippine sentent toute la beauté de ce vers, et pourquoi Agrippine dit: Mit Claude dans mon lit, au lieu de dire qu’elle eut l’honneur d’entrer dans son lit. Nous avons déjà expliqué l’usage de ce mot lit pour mariage, par celui du latin thalamus. Virgile dit ( Én . IV, 550) : vit a expers thcdami , pour une vie célibataire. Voy. nos éditions de Phèdre, p. 74, 1), et d 'Iphigénie p. 97, 1). — Aussi L. H. relève l’étendue de la pensée, et la concision dans les mots de ce vers: la force de style, l’élégance et le nombre en sont également admirables.

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