‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 87 sur 87 · Acte V, Scène VIII · texte numérisé non relu

Acte V, Scène VIII

Voyons quel changement produiront ses remords,

S’il voudra désormais suivre d’autres maximes.

Plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crimes1)!

i) Burrhus, qui vient d’entendre dire que Néron est prêt à se tuer , souhaite que ce crime soit son dernier crime: il ferait le bonheur public. Il ne s’explique pas si clairement*, mais c’est ce que doit penser un homme qui va dans la retraite Pleurer Britannicus , César et tout VEtat. L. R. nous fait encore remarquer que dans cette pièce, qu’il appelle parfaite en son genre, l’on est surpris de voir tous les ressorts que l’ambition fait jouer à la cour, si bien développés par un jeune poète qui ne connaissait encore la cour que par la lecture de Tacite. Il l’a connue dans la suite par expérience.

FIN DE B R I T À N N I C ü S.

Appendice,

La première scène de l’Acte III, que Racine a supprimée, est digne d’être lue, quoiqu’elle ne fût jamais ni jouée, ni imprimée va la place que le poète lui avait destinée. Ce sont les commentateurs qui nous l’ont conservée. Burrhus allant chez Néron, et trouvant Narcisse qui y va aussi, lui reproche son assiduité a faire sa conr à Néron, lorsque son devoir l’attache à Britannicus. Narcisse soupçonne Burrhus de ne lui parler que par jalousie; et alors Burrhus cessant de le ménager, l’accuse d’être la cause du trouble. Narcisse se plaint d’être accusé injustement, et dit qu’il fera bientôt connaître son innocence. — Lorsqu’on lit cette scène, dit L. d. B ., on est presque tenté de la conserver: une attention plus sérieuse ramène au sentiment de Boileau. Burrhus, en effet, manquait à la prudence en faisant entrer dans sa confiance un traître qu’il ne pouvait espérer de changer.

BÜRRHÜ S.

Quoi! Narcisse au palais obsédant l’empereur,

Laisse Britannicus en proie à sa fureur?

Narcisse qui devrait, d’une amitié sincère,

Sacrifier au fils tout ce qu’il tient du père?

Q.ui devrait, en plaignant avec lui son malheur,

Loin des yeux de César détourner sa douleur?

Voulez-vous qu’accablé d’horreur, d’inquiétude,

Pressé du désespoir qui suit la solitude,

Il avance sa perte en voulant l’éloigner,

Et force l’empereur à ne plus l’épargner?

Lorsque de Claudius l’impuissante vieillesse Laissa de tout l’empire Agrippine maîtresse, Qu’instruit du successeur que lui gardaient les dieux, Il vit déjà son nom écrit dans tous les yeux,

Ce prince, à ses bienfaits mesurant votre zèle,

Crut laisser à son fils un gouverneur fidèle,

Et qui, sans s’ébranler, verrait passer unr^jour,

Du côté de Néron, la fortune et la cour.

Cependant aujourd’hui sur la moindre menace Qui de Britannicus présage la disgrâce,

Narcisse, qui devait le quitter le dernier,

Semble dans le malheur le plonger le premier.

César vous voit partout attendre son passage.

Avec tout l’univers je viens lui rendre hommage, Seigneur; c’est le dessein qui m’amène en ces lieux.

B ürrhus.

Près de Britannicus vous le servirez mieux. Craignez-vous que César n’accuse votre absence?

Sa grandeur lui répond de votre obéissance.

C’est à Britannicus qu’il faut justifier Un soin dont ses malheurs se doivent défier.

Tous pouvez, sans péril, respecter sa misère;

Néron n’a point juré la perte de son frère.

Quelque froideur qui semble altérer leurs esprits, Votre maître n’est point au nombre des proscrits. Néron même, en son cœur, touché de votre zèle, Vous en tiendrait peut-être un compte plus fidèle Que de tous ces respects vainement assidus,

Oubliés dans la foule aussitôt que rendus.

NARCISSE

Ce langage, seigneur, est facile à comprendre ;

Avec quelque bonté César daigne m’entendre;

Mes soins, trop bien reçus, pourraient vous irriter;

A l’avenir, seigneur, je saurais l’éviter.

BÜRRHÏS.

Narcisse, vous réglez mes desseins sur les vôtres ;

Ce que vous avez fait, vous l’imputez aux autres. Ainsi lorsqu’inutile au reste des humains,

Claude laissait gémir l’empire entre vos mains,

Le reproche éternel de votre conscience Condamnait, devant lui, Rome entière au silence.

Vous lui laissiez à peine écouter vos flatteurs ;

Le reste vous semblait autant d’accusateurs Qui prêts à s’élever contre votre conduite,

Allaient de nos malheurs développer la suite;

Et lui portant les cris du peuple et du sériât,

Lui demander justice au nom de tout l’Etat.

Toutefois pour César je crains votre présence;

Je crains, puisqu’il vous faut parler sans complaisance, Tous ceux qui, comme vous, flattant tous ses désirs, Sont toujours, dans son cœur, du parti des plaisirs. Jadis à nos conseils l’empereur plus docile,

Affectait pour son frère une bonté facile;

Et de son rang, pour lui, modérant la splendeur,

De sa chute à ses , yeux cachait la profondeur.

Quel soupçon aujourd’hui, quel désir de vengeance Rompt du sang des Césars l’heureuse intelligence?

Junie est enlevée, Agrippine frémit ;

Jaloux et sans espoir, Britannicus gémit ;

Du cœur de l’empereur son épouse bannie,

D’un divorce à toute heure attend l’ignominie :

Elle pleure. Et voilà ce que leur a coûté L’entretien d’un flatteur qui veut être écouté.

Seigneur, c’est un peu loin pousser la violence.

Vous pouvez tout; j’écoute et garde le silence.

Mes actions, un jour, pourront vous repartir.

Jusques-là. . .

B ü RR H U S.

Puissiez-vous bientôt me démentir!

Plût aux dieux qu’en effet ce reproche vous touche!

Je vous aiderai même à me fermer la bouche. Sénèque, dont les soins devraient me soulager, Occupé loin de Rome, ignore ce danger.

Réparons, vous et moi, cette absence funeste;

Du sang de nos Césars réunissons le reste; Rapprochons-les, Narcisse, au plus tôt, dès ce jour, Tandis qu’ils ne sont point séparés sans retour.

Boileau a encore fait retrancher au poète la scène suivante, qui précédait d’abord la sixième scène de l’Acte Y (voy. p. 133).

NERON à Junie.

De vos pleurs j’approuve la justice.

Mais, madame, évitez ce spectacle odieux ;

Moi-même, en frémissant, j’en détourne les yeux.

Il est mort: tôt ou tard il faut qu’on vous l’avoue.

Ainsi de nos destins la fortune se joue ;

Quand nous nous rapprochons, le ciel nous désunit.

J UN IE

J’aimais Britannicus, seigneur; je vous l’ai dit.

Si de quelque pitié ma misère est suivie,

Qu’on me laisse chercher dans le sein d’Octavie Un entretien conforme à l’état où je suis.

NERON

Belle Junie, allez, moi-même je vous suis.

Je vais, par tous les soins que la tendresse inspire,

Tous. ...

Noms des commentateurs français.

L’abbé d’Olivet.

L’abbé Desfontaines.

Louis Racine — L. JB.

Luneau de Boisjermain — L. cl. B .

La Harpe = L. H.

Leipzig, Imprimerie d'Alexandre Edelmann.

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