Acte Y, Scène VIII
Le seul de tes neveux qui te pût ressembler.
On veut après sa mort que je lui sois parjure : Mais pour lui conserver une foi toujours pure, Prince, je me dévoue à ces dieux immortels Dont ta vertu t’a fait partager les autels. “
Le peuple, cependant, que ce spectacle étonne,
Yole de toutes parts, se presse, l’environne, S’attendrit à ses pleurs, et, plaignant son ennui, D’une commune voix la prend sous son appui;
Ils la mènent au temple ou depuis tant d’années1) Au culte des autels nos vierges destinées Gardent fidèlement le dépôt précieux Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux. César les voit partir sans oser les distraire2). Narcisse, plus hardi, s’empresse pour lui plaire;
Il vole vers Junie, et, sans s’épouvanter,
D’une profane main commence à Tarreter.
De mille coups mortels son audace est punie3);
1) On ne recevait point parmi les vestales une fille audessus de dix-ans; mais devant des spectateurs à qui cette règle est peu connue, et fort indifférente, le poète peut supposer une exception faite par le peuple, en faveur de la vertueuse et malheureuse Junie; car le grand but du poète étant de contenter, on pourrait plutôt appeler heureux ce dénouement qu’une critique déplacée a voulu ridiculiser, en plaisantant sur Junie qui se fait religieuse.
®) Distraire dans le sens d 'empêcher, arrêter n’est pas possible à cause de la trop grande différence de sens. C’est un latinisme que nous aurions à reprocher à Kacine, si nous ne le voyions pas à chaque vers pour ainsi dire, si plein de son modèle latin.
3) Narcisse est mis en pièces par le peuple et abandonné par le tyran qu’il a servi : son châtiment est complet. Celui de Néron ne l’est qu’en prédiction , comme le sujet et l’histoire l’exigeaient Mais il perd Junie qu'il a cru posséder, et on nous le représente dans un état d’épouvante et de désespoir qui fait même craindre qu’il n’attente â sa vie. Junie est dans une retraite sacrée, à l’abri des attentats de Néron. Le poète, dit
Britannicu s,
Son infidèle sang rejaillit sur Junie.
César, de tant d’objets en même temps frappé,
Le laisse entre les mains qui l’ont enveloppé.
Il rentre. Chacun fuit son silence farouche* 1);
Le nom seul de Junie échappe de sa bouche.
Il marche sans dessein; ses yeux mal assurés N’osent lever au ciel leurs regards égarés2);
Et l’on craint, si la nuit jointe à la solitude Tient de son désespoir aigrir l’inquiétude3),
Si vous l’abandonnez plus longtemps sans secours,
Que sa douleur bientôt n’attente sur ses jours.
Le temps presse: courez. Il ne faut qu’un caprice;
Il se perdrait, madame.
AGRIPPINE
Il se ferait justice.
Mais, Burrhus, allons voir jusqu’oîi vont ses transports +):
L. H ., a fait tout ce que demandait son art, et tiré de son sujet tout ce qu’il pouvait donner. Il n’en est pas moins vrai que^ce dernier acte est d’un effet médiocre et fort inférieur à celui du quatrième ; mais si britannicus est au second rang pour l’effet théâtral, il est au premier pour la conception originale, la vérité et la profondeur des vues morales et politiques, et par le fini de l’exécution.
i) Quand on voudrait examiner à la rigueur cette expression, fuir un silence , on la trouverait très-juste. Peut-on faire entendre en moins de mots, que le silence de Néron étant la preuve de sa fureur, chacun s’enfuit? C’est par ces alliances de mots, que le poète dit les choses avec tant de vivacité, et se fait une langue qui semble n’être qu’à lui. L. R.
*) Regards égarés produit une consonnance peut-être désagréable mais que la mesure a rendue inévitable. On ne pouvait dire yeux égarés , yeux n’ayant qu’une syllabe.
3) Si l’on laisse Néron seul, il est à craindre que la nuit et la solitude n’augmentent son désespoir.
4) L’ambitieuse Agrippine ne perd jamais l’espérance; Burrhus qui ne s’intéresse qu’à l’État, et qui a perdu toute espérance, ne suit point Agrippine qui va chez Néron. L . R .