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Brochures diverses

Enregistré conformément à l'Acte du Parlement du Canada, en l'année mil neuf cent deux, par Henri Bourassa, au bureau du Ministre de l'Agriculture, à Ottawa

AVERTISSEMENT

On m'a demandé de définir rigoureusement, p&x a plus b, l'impérialisme et le contre-impérialisme.

Voilà qui n'est pas facile.

Les apôtres de l'impérialisme varient eux-mêmes leur évangile à l'infini. Et le contre-impérialisme étant un mouvement de résistance, ses formules doivent se modifier avec celles de la doctrine qu'il combat.

J'ai accumulé, à la suite de cette conférence, une série de documents auxquels je donne le titre de pièces justificatives. Pour ne pas surcharger davantage cette brochure déjà trop lourde, j'ai dû sacrifier près de la moitié des documents que j'avais compilés; je n'ai gardé que ceux qui sont nécessaires à l'enchaînement de h preuve. Afin de les rendre plus digestibles, je les ai divisés par chapitres dont les titres s'expliquent d'eux-mêmes. J'ose prier mes lecteurs de lire ces documents avec attention. Ils se convaincront, je pense, que l'impérialisme existe ; et peut-être admettront-ils avec moi que la définition la plus exacte que j'en puisse donner est la suivante.

L'impérialisme anglais est un régime d'accaparement et de domination militaire, \^ né de l'expansion exagérée de la puissance anglaise et nourri de cet orgueil stupide, brutal et vantard qu'on nomme jingoïsme. Il s'exprime volontiers par des formules" . ronflantes: "Britannia rules the waves",... "Britons shall neverbe slaves" ,... "Trade follows the flag" ,... "What we hâve we hold",.. .etc.; à ce dernier axiome, le Premier- Ministre d'Ontario a ajouté : "and what we don't hâve, we take", et le bon sens public commence à surajouter : "...when we can".

Ayant embrassé plus qu'elle ne peut étreindre, entourée d'ennemis ou d'indifférents, l'Angleterre de M. Chamberlain a besoin de soldats et de marins pour maintenir les œuvres de son délire. N'en trouvant plus chez elle, elle s'adresse à ses colonies. Sachant qu'elle ne peut atteindre son but sans détours, elle trompe, endort ou corrompt les gouvernants des colonies et grise de chauvinisme leurs populations naïves,. Elle nous arrache, sous des noms et des uniformes variés — Carabiniers Royaux, Infanterie à cheval, Strathcona Horse, Yeomanry — tout ce qu'elle peut de chair à canon; quitte à nous laisser entrevoir quelques bribes de faveurs pour le moment où nous serons fatigués de jouer ce rôle de dupes.

En un mot, le véritable impérialisme anglais, c'est LA contribution des colonies aux guerres de l' Angleterre — en hommes et en deniers, en fctttam.» surtout. '

Le contre-impérialisme, c'est dénoncer ces tentatives et les combattre — non- ! seulement entre la poire et le fromage des banquets d'occasion, »iais au parlement, dans la presse, sur les tribunes populaires, partout, toujours, au risque de son repos

de sa pâture, de sa gloriole et même de sa popularité. C'est manifester sa pensée nonseulement à l'heure et au lieu où il y a profit et applaudissements à recueillir, mais là et surtout où les tenants du jingoïsme font valoir leurs muscles et leurs poumons.

L'impérialisme a pour lui le nombre, l'argent, le pouvoir — tout ce qui corrompt, tout ce qui achète, tout ce qui domine. Il importe que ses adversaires conservent la supériorité du courage moral, de la sincérité et de la persévérance.

Les gens qui trouvent plus commode d'engraisser que de se préoccuper de l'avenir de leur pays, affirment que personne ne songe à l'impérialisme.

Que les repus ferment les yeux et les oreilles et refusent de croire à tout ce qui peut déranger leur digestion, je le conçois. Mais que tant de braves gens qui n'ont pas d'affaires politiques à soigner se bercent des mêmes illusions, c'est ce que je comprends moins.

Deux causes peuvent expliquer cet étrange aveuglement : la paresse intellectuelle qui nous envahit et nous paralyse ; puis la force de l'atavisme latin qui nous domine encore, nous, aux trois quarts Normands ! Tandis que l'Anglo- Saxon fait, transforme et défait, sans un bout de parchemin, lois, constitutions, royaumes, empires, — le Latin, logique et légiste, attend des programmes, des pronunciamentos, des articles, des décrets, des textes numérotés, classés et étiquetés, avant de croire que son état social subit une évolution.

Il n'est pis étonnant, d'ailleurs, qu'avec une presse comme la nôtre, la vérité ait peine à se fairA jour. En Angleterre même, où les grands organes de l'opinion publique constituent en (somme la presse la plus sérieuse et la plus loyale qui soit au monde, on ne fait que commencer à se rendre compte de l'évolution impérialiste. "Cette étrange croissance 4' un empire nous a pris par surprise," disait, l'an dernier, lord Salisbury, impérialiste lui-même comme Sganarelle était médecin : malgré lui. Mais ce qu'on sait aujourd'hui, partout ailleurs que dans la province de Québec, "c'est que cette vague énorme," suivant l'expression du duc de Devonshire, soulève et emporte la Grande- Bretagne, — à sa perte, murmurent les uns, à sa gloire, clament les autres. Tous les hommes politiques, torys ou libéraux, que j'ai rencontrés en Angleterre, cet été, m'ont déclaré que le triomphe du ministère, aux élections de 1900, tenait à la force du sentiment impérialiste. Ici encore, les conclusions diffèrent : " C'est un mouvement passager," me disaient quelques uns ; " C'est la politique de l'avenir," m'affirmaient la plupart. Un membre du gouvernement — un des astres levants du ciel unioniste — m'a même avoué que si le ministère en eût appelé au peuple sur les seules questions intérieures, il eût probablement été défait : "Nos adversaires, disaitil, ont une meilleure plateforme anglaise que nous (a better home plat for m)" — le mot yankee s'introduit en Angleterre, avec beaucoup d'autres produits de la grande république ; — "mais ils n'ont pas compris la force du sentiment impérialiste que la guerre et la contribution des colonies ont fait naiti-e ici. Du reste, ajoutait-il, nous ne savons pas exactement où nous allons. Tout ce que nous savons, c'est que c'est populaire et que nous y allons."

C'est précisén-.ent cette allure d'épave affolée qui me parait dangereuse. Je redoute moins les œuvres de l'impérialisme que les contre-coups qu'il va nous attirer.

HENRI BOURASSA Papineauville. 15 décembre 1901.

GRfîNDE BREÎSGNE ET CMRM

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