FALLAIT-IL FAIRE ATTENDRE LE MANITOBA
Fallait-il donc, dit M. Pelletier, faire attendre le Manitoba? [4536].
Pourquoi pas? Le Manitoba n'était pas en danger de njort. La question de l'annexion du Kéwatin au Manitoba est débattue depuis trente ans; il y a quatre ans, le gouvernement manitobain a refusé le Kéwatin parce qu'il n'était pas satisfait des conditions financières que lui offrait le gouvernement Laurier. M. Borden et ses collègues n'auraient-ils pas pu dire aux ministres du Manitoba: "Messieurs, nous sommes prêts à vous céder le Kéwatin; nous sommes prêts à vous donner plus d'ar-
POUR LA JUSTICE
gent que M. Laurier ne vous en offrait; mais, successeurs du gouvernement canadien de 1875, de celui de 1880, de celui de 1886, de celui de 1905, nous ne pouvons pas vous céder ce territoire sans vous déclarer qu'il y repose une servitude morale en faveur de la minorité, catholique ou protestante, et une servitude péeuniaire en faveur de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Voulez-vous l'accepter à ces conditions?" Quelle injustice le Manitoba aurait-il subie, soit en acceptant ces conditions, soie en attendant davantage?
En 1864, la conférence de Québec avait terminé ses travaux; en 1865, le parlement des Canadas-Unis était saisi du projet de traité fédéral; et cependant un seul homme, Alexander Galt, représentant de la minorité protestante du Bas-Canada, sortait du gouvernement et faisait ajourner pendant dixhuit mois l'adoption du bill de la confédération, parce qu'il trouvait que les droits de la minorité protestante du Bas-Canada n'étaient pas suffisamment sauvegardés. Honneur à lui! honneur à tous les hommes qui défendent les droits des leurs, surtout quand les leurs sont en minorité, fussent-ils protestants, catholiques, ou juifs, mahométans, païens ou chrétiens! Tous les hommes qui défendent le droit, qui défendent la justice méritent d'être honorés ; (applaudissements) et après un demi-siècle de distance, je vous dis : " Catholiques et Canadiens-français : honorez la mémoire de Galt, qui retarda pendant dix-huit mois l'adoption de l'Acte de la confédération, afin de sauvegarder les droits de la minorité protestante de Québec, qui pourtant n'étaient guère menacés."
Nos représentants dans le gouvernement d'Ottawa ne pouvaient-ils laisser M. Roblin attendre jusqu'au jour où il se serait résigné à laisser sauvegarder les droits de la minorité, catholique ou protestante, dans le Kéwatin ? Le Manitoba n'est pas plus pressé d'agrandir son territoire que la jeune nation canadienne n'était pressée de sortir de son berceau afin de s'épanouir à la lumière du ciel. L' agrandissement du Manitoba n'importe pas plus au
sort du Canada et de l'empire que la réunion, sous une seule couronne et sous une seule loi, de ces colonies épaises de l'Amérique Britannique du Nord qu!i se cherchaient en vain depuis près d'un siècle et qu'une pensée faconde a réunies dans une union honorable et solide, ( applaudissements ) ; oui, honorable et solide, mais à une condition, c'est que les termes, c'est que les conditions de cette alliance soient respectées partout, à l'endroit de toutes les minorités, et que l'on n'invoque pas un jour le droit des minorités protestantes, quitte à fouler aux pieds le lendemain celui des minorités catholiques. Le droit c'est le droit, la justice c'est la justice, la vérité c'est la vérité, qu'il s'agisse d'un païen, d'un protestant, d'un catholique ou d'un juif. ( Longues acclamations ) .