LES DEUX LANGUES
Comment a-t-il été reconnu, ce principe? Je ne referai pas l'histoire lamentable de tous les abus de force, de toutes les défections, mais à l'heure où je parle, un journal comme le "Globe" de Toronto, le principal organe du parti libéral, en est rendu à trouver abominable que dans 175 écoles de la province d'Ontario, des enfants eanadiens-français osent parler français dans les cours de récréation!...
Songez donc!
Messieurs, lorsque, le samedi aprèsmidi, ceux d'entre vous qui, comme moi, habitent au nord de Montréal, traversent l'esplanade qui s'étend au pied de la montagne, vous sentez-vous lésés dans vos droits parce que de beaux et fiers jeunes gens, anglais ou écossais, jouant au "foot bail" et au "base bail", et échangeant leurs plaisanteries ou leurs provocations amicales, se servent de la langue de leurs pères? Vous sentez-vous humiliés, atteints dans vos droits de majorité dans la province de Québec, parce que des enfants anglais osent parler anglais dans les cours de récréation des écoles anglaises ?
En vérité, il se passe dans certains cerveaux, en dehors de notre province, des phénomènes que nous ne pouvons pas comprendre. S'il était possible qu'une pensée comme celle-là triomphât, le régime que l'on offrirait à la minorité française et catholique dans Ontario et dans certaines autres provinces, serait exactement le régime que la Prusse a appliqué dans la Silésie polonaise : l'introduction forcée de la langue du vainqueur dans la gorge de l'enfant du vaincu.
Je m'empresse d'ajouter ce que je
POUR LA JUSTICE
n'ai jamais manqué de dire en toute occasion. En dépit de cris ignobles comme ceux là, en dépit de campagnes idiotes comme celles que le "Globe" et le "Star", de Toronto, font contre les écoles bilingues, je vous répète, pour la vingtième fois : la grande majorité des Anglo- Canadiens ne sont pas des fanatiques ; mais ils nous connaissent peu, ils nous jugent par nos politiciens. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu'ils défendent nos droits mieux que nous ne les défendons nous-mêmes ; nous ne pouvons pas exiger qu'un premier ministre anglais s'expose au danger, si ses collègues catholiques et Canadiens-français sont les premiers à donner l'exemple de la.
retraite ; nous ne pouvons pas espérer que les libéraux anglais reviennent à leurs traditions de tolérance et de fair play, si un Laurier réussit à leur faire croire que du moment qu'Auguste a bu l'a Pologne est ivre — en d'autres termes cju'il suffit de prendre un Canadienfrançais et de le mettre à la tête du gouvernement pour que les Canadiensfrançais se résignent à toutes les ignominies.