LA DOCTRINE MONROE
Il est devenu de mode, dans la politique et la presse, de rougir de la doctrine Monroe. Tant pis! Je ne crains pas de le répéter ce soir, après, du reste, sir Frederick Borden, ministre de la milice: Contre les ennemis de l'extérieur, la "doctrine Monroe" est notre meilleure défense.
Et pourquoi cette doctrine est-elle si humiliante?
Elle n'est humiliante que parce que nous, Canadiens, oubliant notre histoire, avons laissé les Etats-Unis, ou plutôt les politiciens américains, la dénaturer et la rétrécir à la mesure de leur jingoisme.
La doctrine Monroe ne consiste pas, comme on l'a dit, comme on le" répète sans cesse, comme on le croit généralement aujourd 'nui, à reconnaître aux Etats-Unis une sorte de protectorat sur les deux Amériques.
Sans doute, tant que la grande République aura la prépondérance du nombre et de la richesse, la doctrine Monroe s'appliquera peut-être à son bénéfice. Mais dans son principe et dans son application la plus large, la doctrine Monroe veut dire que les gouvernements d'Europe ne doivent plus intervenir en maîtres dans les affaires d'Amérique; que l'Amérique est capable de se gouverner elle-même, et que si nous acceptons de conserver, et pour longtemps encore — quant à moi, c'est mon vœu sincère — le lien qui nous unit à la Grande-Bretagne, c'est à la condition que ce lien ne devienne pas un joug ou une chaîne, et que, sous de faux prétextes, on ne nous fasse pas accepter une politique nouvelle qui mette une entrave à notre libre développement et nous entraîne dans des conflits étrangers à notre pays et à notre continent.
La doctrine Monroe, mais l'Angleterre l'a acceptée depuis longtemps, avec résignation d'abord puis avec joie, même sous sa forme la plus étroite et la plus dangereuse pour nous, le jour où,
retirant ses escadres de l'Atlantique et du Pacifique pour concentrer tous ses vaisseaux dans la mer du Nord, elle a virtuellement abandonné aux Etats- Unis la sécurité du Canada, de Terreneuve, des Antilles Anglaises et de la Guvane.
Sans doute, les autorités britanniques ne l'ont pas proclamé — les gouvernants et les diplomates ne peuvent pas dire ces paroles là — mais, je le répète, que l'on aille en Angleterre, non pas pour y récolter des médailles
LE PROJET DE LOI NAVALE
et des applaudissements faciles, mais pour y faire une enquête sérieuse, et l'on constatera qu'en Angleterre la doctrine Monroe est acceptée sans conteste.