LA DIPLOMATIE ANGLAISE
"Mais, nous dit-on, l'Angleterre nous donne gratuitement le service de sa diplomatie et de ses agents consulaires.
Ne lui devons-nous pas quelque compensation?"
Je ne referai pas l'histoire des services que la diplomatie anglaise nous a rendus ; je vous renvoie sur ce chapitre à une étude très intéressante de M. Hodgins, aujourd'hui juge à Toronto.
Ses conclusions me semblent, du reste, trop sévères pour l'Angleterre.
Je ne vous rappellerai pas Je traité Ashburton, par lequel le diplomate anglais de ce nom céda aux Etats-Unis une partie de l'Etat du Maine, en disant: "I don't care for a few degrees "of latitude more or less".
Je ne vous rappellerai pas le traité de 1871, que sir John-A. Macdonald,
indigné des sacrifices que les plénipotentiaires anglais lui imposaient, faillit ne pas signer. Il n'y consentit, à la fin, que sur les instances pressantes de sir Stafford Northcote ; et l'histoire nous dira peut-être que l'argument que sir Stafford Northcote employa pour lui mettre le couteau à la gorge fut que s'il ne sacrifiait pas les pêcheries du Canada, l'Angleterre abandonnerait le Canada aux Etats- Unis.
Vous rappellerai-je l'abolition du traité Clayton-Bulwer? M. Mills, ancien ministre dans le cabinet Laurier,, ancien juge de la Cour Suprême, disait que c'était l'arme la plus puissante que l'Angleterre avait entre les mains pour forcer les Etats-Unis à reconnaître les droits du Canada dans; l'affaire de l'Alaska.
Dans une étude de cette question, il déclarait que l'Angleterre ne devrait jamais consentir à l'abrogation de cetraité sans obtenir une compensation? dans l'Alaska.
Quelle fut la réponse du gouvernement britannique, — au lendemain dela guerre du Sud- Africain, au lendemain du jour où le peuple canadien* était allé verser son sang sur le veldt» du Transvaal? Ce fut la rature, d'un* trait de plume, du traité Clayton-Bulwer, sans même que le gouvernement canadien en ait été averti.
LA DECISION DE LORD ALVEïftSTON
Vous rappellerai-je la décision delord Alverston dans l'affaire de l'Alaska? Chose étrange, je fus, à la. Chambre des Communes, le seul à défendre la position de lord Alverstone.
M. Laurier, M. Borden, tous les impérialistes d'aujourd'hui, tous ceux qui parlent de saigner à blanc le peuple* canadien pour la défense de l'Empire,, se levaient à tour de rôle pour abreuver d'injures ce pauvre lord Alverston.
Convaincu qu'au point de vue du» droit strict, le tribunal avait rendu;
un arrêt juste, je déclarai naïvement que lord Alverston avait raison. Je faillis être lapidé par ceux-là même qui avaient voulu me pendre à l'époque de la guerre du sud-africain, pouravoir dit de cette guerre ce que M. Morley, aujourd'hui ministre des Indes,, et M. Bryce, aujourd'hui ambassadeurd'Angleterre à Washington, en pensaient et en disaient à Londres.
LE PRQ JET DE LOI N AVALE
Messieurs, je ne vous rappelle pas «es épisodes pour vous dire que la diplomatie anglaise nous a trahis. Non.
Avec M. Goldwin Smith, l'illustre écrivain, le "Sage du Grange", de Toronto, je dénonce la politique impérialiste de Chamberlain; mais avec lui aussi je reconnais que dans ces imbroglios diplomatiques l'Angleterre a fait de son mieux. Si elle nous a sacrifiés, si elle a fait tant de concessions aux Etats- Unis à même notre territoire et nos droits, c'est parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement ; c'est parce que, n'étant pas aveuglée par un faux patriotisme, elle comprenait qu'elle n'avait qu'une chose à faire: céder.
Mais alors, je le répète, si l'Angleterre ne peut pas, si l'Angleterre ne veut pas, parce qu'elle ne le peut pas, nous protéger contre les Etats-Unis, — notre seul ennemi possible, dit sir Wilfrid Laurier, — pourquoi irions-nous assumer, pour l'aider, de nouveaux fardeaux que ni notre constitution, ni notre histoire, ni nos traditions, ni nos besoins ne nous imposent ?