LE ROLE DU GOUVERNEUR
Les gens qui ont la manie de vouloir connaître le fond des choses, de rechercher les causes lointaines, s*
LE PROJET DE LOI NAVALE
sont demandés le pourquoi de la volte-face opérée par le premier-ministre entre le 6 janvier et le 12 janvier— pas plus étonnante, du reste, que la pirouette qu'il exécuta du 3 octobre au 13 octobre 1899. Ils se demandent comment M. Laurier a pu, six jours après avoir proclamé la nécessité de conserver l'autorité du Canada toute entière, se résoudre à sacrifier d'un trait de plume l'autonomie de son pays.
On commence à chuchoter, dans les coins sombres ; — je n'ai pas de raison, moi, pour ne pas parler haut, à la grande lumière — que le gouverneur général a forcé le premier-ministre à prendre cette attitude.
Dissipons tout de suite cette légende.
Les politiciens libéraux qui avaient fait feu et flamme contre l'envoi des contingents en Afrique, lorsqu'ils croyaient que M. Laurier résisterait, — et qui s'en allaient ensuite, penauds, approuver l'envoi des contingents, lors- ?[ue le gouvernement eut fait volteace, — les politiciens libéraux de 1899 créèrent une fable semblable où lord Minto faisait l'ogre de la circonstance.
Quelques propos indiscrets du colonel Hutton donnèrent corps à cette histoire.
Sans doute, lord Minto, plus homme de sport que diplomate, meilleur soldat qu'homme public, aurait, je crois, assez volontiers exécuté un ordre de Londres lui enjoignant de mettre sir Wilfrid Laurier de côté et d'appeler sir Charles Tupper au pouvoir.
Mais cet ordre ne vint pas. On savait à Londres comme à Ottawa, — à Downing Street comme à Rideau Hall — que la conspiration avait beaucoup plus de chances de réussir avec un premier ministre canadien-français.
Du reste, même dans l'exaltation du moment, M. Chamberlain était trop intelligent pour reprendre les vieux procédés de lord John Russell et de air Charles Metcalfe.