COUP D'ETAT
Lord Grey, infiniment supérieur à lord Minto, lord Grey, en qui je me plais à reconnaître l'un des gouverneurs les plus distingués que nous ayons eus au Canada, le plus remarquable peutêtre depuis lord Dufferin; lord Grey ne commettrait jamais la bourde • incroyable de donner nne arme aussi puissante à sir Wilfrid Laurier.
Comment! mais vous n'avez donc pas encore compris M. Laurier! Vous ne connaissez donc pas encore la puissance
de la souplesse de cet homme? Vous ne concevez pas — lord Grey le sait bien, lui! — avec quelle prestesse et quelle force le premier-ministre se retournerait, dans une suprême évolution, non pas vers nous, mais vers les vieilles phalanges libérales d'Ontario, si le gouverneur-général osait lui mettre le couteau sur la gorge.
Il ne serait plus question, je vous le jure, ,du "glorieux drapeau", de la "splendide liberté" que l'Angleterre nous accorde, de "Paul de Tarse", etc., etc., Non, non! Ce serait les souvenirs du "family compact", l'appel aux "dear old grits", de Brown et de Mackenzie, "no coercion" ! etc.
JNon, iord Grey ne fera jamais d* coup d'état. Il n'en menacera jamais le premier ministre. Il sait, mieux encore que lord Minto en 1899, que M.
Laurier est un instrument autrement précieux entre ses mains que M. Borden — lequel du reste l'aide beaucoup plus efficacement dans l'opposition.