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GUERRE D'AFRIQUE

J'ai parlé du développement du jingoïsme en Angleterre. M. Chamberlain s'empressa de transplanter cette belle fleur sur le sol vierge des colonies où elle ne pouvait manquer de produire des fruits abondants. Les gouverneurs-généraux et les commandants de milice envoyés d'Angleterre depuis le jubilé furent tous choisis -d'après leur aptitude à la culture de ce grain de sénevé. Lord Minto et le colonel Hutton étaient les types parfaits du genre.

Sans passé et sans avenir politiques, formé à la discipline du sabre, le fils de famille qui préside à nos destinées a été envoyé ici pour activer le mouvement impérialiste, sans se préoccuper des traditions de dignité et de respect à la constitution inaugurées par lord Elgin et scrupuleusement suivies depuis cinquante ans par tous ses successeurs. Quant au général Hutton, il se glorifiait d'avoir pulvérisé un ministère en Australie et se déclarait prêt, au milieu de sa petite cour du club Rideau, à Ottawa, à recommencer ses prouesses au Canada.

La question du Transvaal entrait alors dans sa période aiguë. J'ai dit à la chambre et je répète ici que M. Chamberlain a voulu la guerre d'Afrique pour arracher des colonies, à l'heure où l'ivresse de l'orgueil et des passions sauvages fait taire la raison, ce premier tribut du sang qu'elles lui avaient refusé jusque-là.

Le mouvement fut d'ailleurs admirablement organisé et fait honneur au génie entreprenant du dictateur de nos destinées. M. Cecil Rhodes organisa un syndicat énorme, sous le nom de Ligue Sud- Africaine, composée de tous les spéculateurs du Rand. A l'aide de cette puissante organisation, il acheta presque tous les journaux de langue anglaise au Transvaal, à l'Orange, au Cap, au Natal et il fit organiser un système régulier de correspondance entre les rédacteurs de cette presse reptile et les journaux tories et jingos de Londres, le Daily Mail en tête. Puis, à leur tour, ces organes bien renseignés transmirent la bonne parole aux journaux les plus répandus des diverses colonies. Ici, le Star, de Montréal, fut trouvé digne de porter l'étendard des agioteurs du Transvaal.

C'est alors que fut organisée et répandue par tout le monde britannique cette campagne de calomnies, qui peignait les féroces habitants du Transvaal et leurs intéressantes victimes, M. Cecil Rhodes et compagnie, sous les couleurs les plus propres à soulever l'indignation des sujets britanniques du monde entier. On s'est parfois étonné de l'ardeur guerrière qui s'empara de nos concitoyens •d'origine anglaise. Moi, ce qui m'étonne, c'est qu'imbibé pendant

trois mois d'un liquide aussi corrosif leur sang ne se soit pas échauffé davantage.

M. Rhodes ne s'en tint pas à ces préparatifs. Vers la fin de la session de 1899, nous vîmes arriver à Ottawa un certain M. Allen, fonctionnaire de la South African Chartered Company. Il organisa parmi nos parlementaires un comité de sa ligue, où il fourra quelques têtes

de chaque troupeau pardon! des représentants de chaque groupe

politique : des grits, des tories, des rouges, des bleus, des sénateurs, des députés, des ministres passés, présents et futurs (1). Puis il leur décrivit, en termes poignants, les souffrances et les humiliations que subissaient les Uitlanders de Johannisberg. C'est le même personnage qui arracha du parlement, à la hâte, un lundi matin, une résolution de sympathie aux mineurs et d'adhésion à la politique de Chamberlain. Cette résolution fut naturellement proposée par le premier ministre et appuyée par le leader de l'opposition (2).

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