AGENTS COLONIAUX
Déjà M. Chamberlain a su transformer le rôle des agents coloniaux et faire de leurs bureaux de vraies succursales du Colo)iial Office. Il n'y a pas loin de Downing Street à Victoria Street — mais il y a plus proche encore du cabinet du Secrétaire pour les colonies au bureau de lord Strathcona.
Vous ignorez peut-être que le noble Lord a donné son approbation au projet de constitution d'un conseil impérial, préconisé d'ailleurs par sir Wilfrid Laurier et par M. Ross, premier-ministre d'Ontario? (2) Le dévouement de lord Strathcona aux intérêts impériaux s'explique facilement. Aux yeux de l'ancien président du chemin de fer du Pacifique, le gouvernement qui lui a ouvert les portes de la Chambre des Pairs est évidemment le plus désirable qui soit au monde. Mais ce qui m'étonne davantage, c'est que l'avenir constitutionnel du Canada soit, dans une large mesure, laissé entre ses mains. Il devrait être consigné dans nos statuts que le Haut- Commissaire du Canada à Londres ne peut accepter aucune faveur du gouvernement britannique.
TITRES ET DECORATIONS
On trouvera peut-être que j'ai trop insisté sur cette question de titres et de décorations. Elle est plus importante qu'on ne le croit. Pendant très longtemps, elle ne fut, pour la Couronne, qu'un moyen de satisfaire chez les sujets un goût très inoffensif qui est évidemment dans la nature, puisqu'il existait chez les Peaux-Rouges et que les potentats du Congo l'entretiennent chez leurs fidèles serviteurs. Les uns se mettent les médailles au nez ou aux oreilles, les autres se les accrochent sur la poitrine ou sur le ventre : le principe est le même.
Mais sous la domination impérialiste ces babioles prennent une signification nouvelle. M. Chamberlain entend que ceux qui reçoivent ses récompenses les méritent ; et lorsque ses serviteurs oublient leur
(1) Sur ce sujet, voir aux pièces justificatives le discours de M. CHAMBERLAIN à la conFérence du jubilé, page xiv ; — les discours de sir W. Laurier et des autres délégués coloniaux au jubilé, chapitre I, [2. Discours et attitudes'] pages xvn et suivantes ; — le débat du 3 avril 1900, à la Chambre des Communes, chapitre VI [4. Représentation des colonies] page en ; — les rapports des congrès de$ Chambres de Commerce, chapitre VII, page civ.
(2) Voir pièces justificatives, pages XXVII et XXXV, et page CXVI et suivantes. M. Ross a modifié son attitude : il semble maintenant préférer le régime des pèlerinages périodiques.
devoir il sait bien le leur rappeler. Je n'aurais, d'ailleurs aucune objection à voir se développer la pratique de la reconnaissance politique si les services de ce genre ne se soldaient pas aux dépens des libertés du peuple. ( i )