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REPRÉSENTATION DES COLONIES

J'ai dit plus haut que la question militaire était la base de l'impérialisme et j'ai parlé des accessoires. L'une des conséquences inévitables de notre contribution directe ou indirecte, régulière ou accidentelle, au budget de l'empire, c'est notre représentation dans les conseils impériaux. Les autorités britanniques savent que les colons modernes, ceux de l'Australie surtout, ne sont pas tellement moins fiers et moins intelligents qu'il y paraît que les Américains de 1774. Us pressentent que nous ne consentirons pas toujours à prendre des vessies pour des lanternes, et à croire qu'en payant deux millions et demi pour envoyer des troupes en Afrique, nous n'avons pas contribué au trésor impérial ni au soutien d'une guerre dont la direction politique et militaire nous échappe entièrement.

Comment constituer une représentation adéquate qui donne à la fois satisfaction à la métropole et aux colonies ? Pour être acceptable, ce système devra laisser aux coloniaux l'illusion de croire qu'ils ont leur part de contrôle dans l'emploi du tribut qu'ils verseront à l'échiquier impérial. D'autre part, la représentation coloniale ne devra pas entraver le fonctionnement de l'administration intérieure du royaume, déjà surchargée de rouages, ni enlever au gouvernement britannique l'autorité suprême sur les affaires impériales.

(1) Voir pièces justificatives, pages XXXIX et suivantes.

(2) " I say that the losses ofthe war — the losses of treasure, cei'tainly,and Ithink 1 would alntost saythe loss of life — willbe compensated by the ?ieio sensé of unity in this great Empire. We hâve realized the E?npire !" Discours à Oldham, 2$ septembre 1900.

Beaucoup de projets ont été proposés. Aucun n'a encore répondu aux exigences.

De représentation au Parlement Impérial, il n'en saurait être question. Les Anglais sont déjà assez ennuyés de la présence des Irlandais aux Communes sans y adjoindre les Canadiens, les Australiens, les Néo-Zélandais, les Africains. Quant à la chambre des Lords, la répugnance des nobles pairs à voir envahir leur sanctuaire est une garantie certaine que la vertu des démocrates canadiens et des socialistes de l'Australie ne sera pas tentée, au moins collectivement.

On parle d'un conseil consultatif, où chaque colonie enverrait un nombre restreint de représentants. Ces délégués, qu'on pourrait appeler ministres extra-cabinétaires (pardon du néologisme) transmettraient les décisions du conseil à leurs gouvernements qui les soumettraient à la ratification des parlements coloniaux. Inutile d'insister sur le danger d'un tel système. En voyant l'influence que les autorités impériales exercent à distance sur les ministres des colonies, on peut affirmer que le gouvernement britannique saura maintenir sous le joug des hommes qu'il aura à sa portée immédiate et sur qui il pourra faire peser le poids de ses faveurs et de ses séductions. Dans toutes les questions où les intérêts de la métropole et d'une des colonies seront en jeu, le cabinet anglais ne manquera jamais de s'assurer une majorité dans le conseil où, d'ailleurs, le Royaume-Uni vSera longtemps représenté par un nombre de délégués supérieur à celui des délégués coloniaux réunis.

Il restera bien aux parlements des colonies le pouvoir de refuser leur sanction. Mais ces décisions devenant des mesures ministérielles, il faudra que les mœurs politiques changent notablement au Canada, pour que cette garantie soit efficace.

Ne croyez pas d'ailleurs que ce conseil surgisse tout à coup, constitué par un acte du parlement impérial. Ce n'est pas la méthode anglaise. On connaît mieux là-bas l'art de préparer les évolutions constitutionnelles.

On va commencer par consulter les premiers ministres coloniaux qui iront à Londres, l'an prochain, assisterait Couronnement du Roi et assurer Sa Majesté de la fidélité inviolable et de la naïveté robuste de ses sujets des colonies. Ce ne sera du reste qu'une répétition du Jubilé.

Puis, une nouvelle occasion, qu'on fera surgir au besoin, appellera de nouveau nos représentants au pied du trône. Ces visites ad limina finiront par devenir régulières — et dans les intervalles, les agents coloniaux sont toujours là, trop heureux de jouer le rôle des

duègnes de comédie qui portent les billets doux des amoureux illicites. Enfin on donnera la sanction constitutionnelle aux faits accomplis.

C'est de cette manière que toutes les institutions britanniques se sont établies ( i ) .

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