LIGUE DE L'EMPIRE
La section canadienne de la Ligue de l'Empire ne fut longtemps qu'une espèce de club politique où quelques enthousiastes comme le docteur Parkin et le colonel Denison célébraient les gloires de l'impérialisme. Ces messieurs y sont encore ; mais ils ont aujourd'hui, à leurs côtés, des ministres de la couronne et toute une escouade de sénateurs et de députés qui cherchent à reprendre le temps perdu en refaisant, sur une note plus aiguë, les anciens discours des fondateurs de la ligue. Au congrès tenu à Ottawa, il n'y a pas dix mois, un conservateur proposa, appuyé par un libéral, que le temps était
[i] Voir, aux pièces justificatives, les paroles de M. RUSSELL, M. P., à la récept " Ligue de l'Empire," à Ottawa, 1901 [page cxiv]
ion de la
arrivé où les colonies devaient contribuer au soutien de la marine et de l'armée impériales (i). Cet été encore, le Globe de Toronto, a déclaré que le moment était venu pour les colonies de payer le tribut de la guerre à la métropole (2).
Mais le grand danger se trouve dans l'indifférence du public, soigneusement entretenue par les journaux politiques, dans l'étroite discipline des partis, et dans l'absence d'une classe instruite qui s'occupe de politique sans être liée aux mouvements et aux intrigues des factions.
Notre peuple des campagnes et des villes est notablement supérieur aux classes équivalentes d'Angleterre : plus éclairé, plus moral, plus soucieux de sa dignité, plus conscient de sa responsabilité. Mais où peut-il puiser des renseignements sur ces questions ? Assurément pas dans les journaux politiques. Dans notre province, les organes des deux partis dénoncent, à tour de rôle, les tendances impérialistes de leurs adversaires, mais ils se gardent bien de signaler celles de leurs patrons. Dans les provinces anglaises, c'est un steeple-chase où chaque parti cherche à dépasser l'autre sur la voie de la ' 'dévotion à l' Empire. ' '
Il existe en Angleterre une catégorie nombreuse d'hommes très instruits qui suivent avec un vif intérêt les affaires publiques et manifestent leur pensée dans les journaux et les revues, dans les clubs et les réunions intimes. Libres d'attaches de parti, ces hommes ont une influence considérable sur l'opinion publique. Voilà ce qui nous manque. Il se réveille cependant un sentiment d'indépendance qui, espérons-le, portera ses fruits.
\\J esprit de parti, poussé ici à un degré d'intensité inconnu en Angleterre, et la question de races, sont deux faiblesses qui nous préparent mal à lutter contre les entreprises impérialistes!
J'admets le gouvernement d'un pays représentatif par le jeu de bascule de deux partis, l'un au pouvoir et l'autre dans l'opposition. Je reconnais également que la conservation et la prise du pouvoir doivent déterminer, dans une large mesure, l'action des hommes politiques. Mais ce que je ne comprends pas, c'est que pour prendre et garder le pouvoir, on sacrifie les principes fondamentaux sur lesquels s'appuient la sécurité et les espérances nationales. Ce que je comprends moins encore, c'est qu'un groupe important de ceux à qui le peuple a remis la garde de ses intérêts, appuie de son vote, par amour du chef ou du parti, ce qu'il condamne comme un crime.