‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 4 sur 289 · PREMIÈRE CROISSANCE DE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CROISSANCE DE L'ANGLETERRE

CONQUÊTE DE Iv' ECOSSE ET DE V IRLANDE

Comme les autres nations, l'Angleterre possédait, dès son origine, les germes favorables et contraires au développement de l'impérialisme. Comme chez les autres peuples aussi, l'instinct contraire fut le premier et longtemps le plus fort. Les tendances impérialistes se développèrent beaucoup plus lentement qu'ailleurs ; peut-être seront-elles plus irrésistibles et plus désastreuses.

La première limite naturelle d'une nation, c'est le milieu géographique, puis l'unité de race qui en est le résultat. Le cadre géogragraphique du peuple anglais était bien déterminé. L'unité de la Grande-Bretagne s'imposait : l'Angleterre devait conquérir l' Ecosse ou être conquise par elle. L'Angleterre l'emporta et ce fut le grand effort de sa période de croissance. L'assimilation de la race écossaise fut extrêmement profitable au peuple anglais.

ÎZ*Z Les historiens s'occupent davantage des guerres continentales de l'Angleterre parce qu'elles mirent en œuvre plus de forces et qu'elles eurent des conséquences considérables pour l'Europe et, par suite, pour le monde civilisé. Mais au point de vue social, ces guerres n'étaient pas le fait du peuple anglais. Elles n'étaient que les suites d'accidents politiques : la succession normande, l'alliance de la Couronne anglaise avec les maisons de Bretagne, de Guienne, d'Anjou.

A vrai dire, la plupart des guerres du moyen-âge et d'une longue période de l'histoire moderne ont eu des causes identiques. Mais pour les autres nations, ces alliances féodales et les luttes qu'elles entraînèrent permirent aux peuples et aux races de s'établir sur

leurs bases normales. La cause des princes devenait celle des peuples. Et après une succession de victoires et de défaites, de conquêtes et d'expulsions, chacun des peuples du continent recueillit sa part légitime de territoire, de grandeur et de prospérité.

En dépit de ses nombreux triomphes, l'Angleterre dut finalement rentrer dans ses frontières. Et sa grandeur commença le jour où elle renonça à ses conquêtes d'outre- Manche. Le temps n'était pas venu de développer les germes de son impérialisme.

La conquête violente et arbitraire de l'Irlande est la seule qui lui reste de cette première crise de domination militaire. C'est peutêtre le germe de mort qui contribuera le plus puissamment à la déchéance de la Grande-Bretagne.

A part cette faute, fruit des haines de la Réforme, l'Angleterre d'Elizabeth et de Cromwell trouva sa vie normale : développement intense de l'activité intérieure, bientôt accrue par la découverte du charbon et l'utilisation de la vapeur ; — à l'extérieur, politique de neutralité, sauf les interventions destinées à maintenir l'équilibre entre les puissances continentales et empêcher qu'aucune d'elles ne devînt une menace pour son commerce et sa sécurité.

Page 1