‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 3 sur 289 · ORIGINE DE L'INSTINCT IMPÉRIALISTE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'INSTINCT IMPÉRIALISTE

L'impérialisme n'est pas une tendance nouvelle en Angleterre ni un produit de l'époque moderne. On en trouve le germe, avec celui de tous les mouvements sociaux, dans la nature même de l'homme.

Il y a, dans l'humanité, deux instincts en lutte perpétuelle : l'individualisme, qui tend à sacrifier la société à l'homme, qui veut s'affranchir des lois, des impôts, des obligations mutuelles ; — et le communisme, qui nous porte à nous appuyer les uns sur les autres pour atteindre une puissance plus grande, dont une part revient à chacun. De ce dernier instinct sont nés la famille, la tribu, la nation, l'empire, — et aussi l'association, la communauté, la ligue, la corporation, la société commerciale, le trust et toutes les agglomérations humaines dont les membres abandonnent une part plus ou moins large de leur individualité pour rechercher un but moral ou matériel que l'individu, laissé à lui-même ne peut atteindre.

L'équilibre entre ces deux instincts constitue la meilleure garantie de liberté individuelle et de prospérité nationale.

Dans le domaine politique, qui nous intéresse seul en ce moment, on peut dire que l'esprit d'association et d'expansion doit se pro-

portionner à la force intellectuelle et physique de la race, et s'adapter aux conditions particulières du pays où cette race a puisé ses instincts ataviques. Une nation qui cherche à franchir ces bornes fait des efforts excessifs, violente son tempérament et, par suite, impose à ses citoyens un surcroît de sacrifices personnels. Sous le coup de l'orgueil, de l'enthousiasme ou du désespoir, la communauté nationale consent à ces sacrifices ; mais il se produit inévitablement une réaction individualiste, dont la violence correspond à la tension précédente et ramène l'association en deçà de ses limites normales.

C'est l'histoire de tous les empires depuis l'aurore des temps ; et, comme pour la vie humaine, on peut en jalonner les^tapes en quelques mots : naissance, croissance, expansion, décrépitude, mort.

Quel point de la route l'Angleterre a-t-elle atteint ? Jusqu'à quel moment devons-nous la suivre ? Voilà le problème dont je veux poser ce soir quelques données, sans avoir la présomption de le résoudre.

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