‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 52 sur 289 · BANQUET DE L'INSTITUT IMPÉRIAL, 18 JUIN · texte numérisé non relu

BANQUET DE L'INSTITUT IMPÉRIAL, 18 JUIN

Ce banquet, offert aux Premiers- Ministres coloniaux, fut présidé par le Prince de Galles. Toutes les sommités du Royaume et de l'Empire y assistèrent.

La pensée militaire commença à se manifester plus nettement.

Le marquis de LANSDOWNE, ministre de la Guerre : L'Empire dont nous

sommes si fiers ne serait qu'un vain mot si ses citoyens n'étaient préparés à maintenir

et à défendre le splendide héritage que nous possédons La politique d'aucun des

hommes d'Etat du Royaume ou des colonies ne peut tendre à jeter l'Empire en guerre pour des motifs égoïstes ou pour une cause dénuée de grandeur ; mais dans une cause qui ne serait ni égoïste ni honteuse, la mère-patrie serait fidèle à ses colonies et les colonies seraient fidèles à la mère-patrie. Il n'y a aucune raison de douter de la poli-

tique des colonies et des grandes dépendances de l'Empire. Mais il est essentiel d} échanger avec la plus grande sincérité possible nos idées et celles des colonies au sujet du rôle que celles-ci auraient à jouer au cas où la calamité d'une guerre nous .atteindrait. Si les soldats des colonies et les nôtres doivent un jour combattre côte à côte, la raison exige qu'un système de défense soit étudié et que lorsque les colonies dépenseront généreusement leurs deniers pour contribuer à la défense impériale, elles puissent jouir des avantages que leur offre l'expérience plus étendue de la mère-patrie sur les questions militaires. Je ne puis qu'espérer que, dans l'intervalle des fêtes, on puisse consacrer quelques moments pour conférer sur ces questions importantes. Je suis convaincu qu'avec le progrès des années, les liens qui unissent les forces coloniales à celles de la mère-patrie ne pourront que se resserrer davantage et créer un sentiment toujours croissant de camaraderie entre les officiers et les soldats des différentes parties de l'Empire.

LE PRINCE DE GALLES : Messieurs, ce n'est pas aujourd'hui le moment

pour moi, — et ce ne serait pas nécessaire d'ailleurs, — de signaler la fidélité de nos

grandes colonies Nous savons que nos colonies ont les yeux et le cœur tournés vers

la mère-patrie, et je suis iconvaincu qu'à l'heure du besoin et du danger elles viendront toujours à notre secours

L'HONORABLE WILFRID LAURIER : Lord Lansdowne a parlé d'un

jour où peut-être notre Empire serait en danger. A toutes les époques, l'Angleterre a prouvé qu'elle pouvait combattre ses propres combats ; mais vienne le jour où l'Angleterre soit en danger : que les trompettes sonnent, que les feux s'allument sur les collines ! et dans toutes lee parties des colonies, bien que nous ne puissions pas faire beaucoup peut-être, ce que nous pourrons faire nous le ferons pour aider P Angleterre

L'honorable G. H. REID, premier-ministre de la Nouvelle-Galles du Sud :

Je crois que je puis déclarer en toute sincérité devant cet auditoire que personne ne désire revenir aux méthodes de gouvernement colonial qui prévalaient avant le règne actuel. Depuis quarante ou cinquante ans, votre politique sage et généreuse a produit •des résultats merveilleux. F Vous avez abandonné sur beaucoup de points votre direction •et votre contrôle de l'Empire, mais cet abandon même de direction a produit un développement proportionnel de puissance impériale

Le Comte de ROSEBERY :... J'ose suggérer à cette importante assemblée — je ne parle pas en ce moment comme député de l'opposition mais en ma simple qualité -de citoyen — j'ose espérer que cette réunion sans précédent, composée des premiersministres de toutes ces nations formant un Etat commun sous l'autorité de la Couronne, ne se dispersera pas sans faire quelque effort pour resserrer les liens de P Empire

Lord SALISBURY : On parle d'union douanière ; on parle aussi d'union

militaire. Toutes deux peuvent être bonnes jusqu'à un certain point. Peut-être ne pourrons-nous pas en pousser l'accomplissement aussi loin que quelques-uns d'entre nous le désirent ; mais en tout cas elles ne constitueut pas la base sur laquelle notre Empire se maintiendra. Notre Empire se maintiendra par la croissance rapide de sentiments communs, de pensées communes et d'affection entre ceux qui sont, pour la plupart, les enfants d'une même race et qui ont un passé et un avenir communs à envisager

Sir GEORGE TURNER, premier-ministre de Victoria : Peut-être, dans les

années à venir prochainement — j'espère que ce sera du vivant de tous ceux qui sont ici — verrons-nous au milieu des possessions britanniques l'existence d'un parlement qui sera assez représentatif pour pouvoir traiter des besoins de toutes les colonies et des possessions britanniques, tout en laissant aux diverses colonies le privilège glorieux d'administrer leurs intérêts particuliers.

{Times, 19 juin 1897).

L,e correspondant particulier du Globe, de Toronto, rendant compte des discours prononcés à ce banquet, ajoutait :

Tous les journaux du matin publient des articles qui s'accordent tous à considérer ce banquet comme l'ouverture officielle des fêtes du Jubilé. Tous louent hautement l'éloquent discours de M. Laurier et, en particulier, sa déclaration que les colonies appuieraient V Angleterre au moment du danger. — {Globe, 19 juin 1897).

Page 1