PAR-DESSUS TOUT, LA DÉFENSE NAVALE ET MILITAIRE DE L 'EMPIRE
M. SEDDON, premier ministre de la Nouvelle-Zélande :... Tout impérialiste de bonne volonté peut apprécier à sa juste valeur le travail fructueux qu'accomplit la Ligue de l'Empire. J'irai plus loin et je dirai que la présence des Premiers Ministres des colonies sur le sol de la mère-patrie est due, dans une large mesure, aux efforts et au travail de la Ligue. Quant à leurs conversations avec M. Chamberlain, je ne suis pas libre d'en parler ouvertement. Les idées que la Ligue a proclamées et promues sont plus près de porter leurs fruits que beaucoup de ceux ici présents ne l'anticipent... L'attitude des colonies dans le passé a prouvé qu'elles étaient unies à la mère-patrie. On a prétendu que les sentiments comptent peu ; les sentiments, au contraire, doivent compter pour beaucoup ; et l'on ne doit pas évaluer la fidélité des colonies — de celles surtout qui sont aux confins de l'Empire — au chiffre des deniers qu'elles ont pu verser pour la défense de l'empire ou pour toute autre œuvre impériale. La conférence qui réunit en ce moment les Premiers Ministres des colonies et les autorités impériales m'autorise amplement à dire que c'est une épreuve décisive des avantages qui résulteraient d'une union plus intime entre la mère-patrie et les colonies. Si j 'allais plus loin, si je disais que plus tard les dix millions de citoyens qui n'ont aujourd'hui aucun droit de représentation, se feraient entendre au sein du Parlement britannique, — j 'indiquerais simplement la limite qu'il faut atteindre et que nous atteindrons éventuellement...
Sir WILLIAM WHITEWAY, premier ministre de Terreneuve :... Il serait très avantageux qu'on connût mieux les colons, au double point de vue social et politique. Ainsi, il y a quelques années, ayant accompagné en Angleterre quelques habitants de la colonie, un de mes amis me demanda si je mangeais avec eux et comment ils se vêtaient ; et nous venons de recevoir une dépêche nous invitant à visiter l'Irlande et nous priant de faire le voyage dans notre costume indigène (! !)... Vous pouvez difficilement vous .rendre compte du travail qu'il nous faut accomplir aux colonies ; et lorsqu'on nous demande de verser des sommes considérables pour la défense de l'Empire, nous désirons que l'on considère toute's les circonstances de notre situation. Si toutefois l'Angleterre se trouvait un jour en difficulté sérieuse, les colonies n ' hésiteraient pas à verser leur sang pour elle...
M. G. H. REID, premier ministre de la Nouvelle Galles :... Il me semble que l'histoire des relations de la mère -patrie et des colonies nous prouve que moins on a resserré les liens entre elles, que moins on a multiplié les liens officiels, plus nombreux, plus forts et plus étendus ont été ces autres liens que la race britannique trouve au fond même de sa nature...
Sir EDWARD BRADDON, premier ministre de la Tasmanie :... Je suis convaincu que la Tasmanie sera à la tête de toutes les colonies — bien loin en avant de la colonie que M. Reid représente — pour resserrer davantage les liens qui nous unissent à la mère-patrie. C 'est très bien de parler de liens relâchés (loose bonds) : ces liens suffisent aujourd'hui, tant que les colonies sont particulièrement fidèles ; mais le temps doit venir nécessairement, — ce n'est pas aujourd'hui — où l'une des deux alternatives devra se présenter : les colonies devront s'affranchir et former leurs propres nationalités — ou devenir membres du grand Empire britannique. Je quitterai ce pays sous le coup d'un amer désappointement, si l'on ne tente aucune démarche pour unir davantage la mère-patrie et les colonies.
Le colonel GEORGE T. DENISON, président de la ; Ligue de l'Empire au Canada :...A l'heure actuelle, au Canada, le peuple tout entier est unanime (!) à vouloir, en thèse générale, V unité permanente de V Empire britannique... Le Canada possède une marine marchande qui en fait la cinquième puissance maritime du monde ; et nous avons une population d'environ 75,000 navigateurs. Je demande au peuple anglais de s'unir au Canada pour presser leurs gouvernements respectifs de prendre des mesures pour discipliner et instruire ces marins robustes et endurcis et leur donner des connaissances navales, afin qu 'au cas de guerre ils puissent former une grande réserve navale et offrir leurs services au besoin. — {Times, 6 juillet 1897).