LONDRES, 8 JUILLET
Le duc de DEVONSHIRE :... On ne saurait assurément accomplir aucun progrès réel vers la solution de tous les problèmes qu'impose cette grande question de la défense de l'Empire, à moins que le peuple de cet Empire ne s'éveille plus qu'il n'a fait jusqu'ici aux conditions essentielles de ce problème — et je parle également du peuple de la Grande-Bretagne et de celui des autres possessions de l'Empire. Je ne crois pas qu'il soit possible de prendre un moyen plus efficace de porter à l'esprit et à l 'intelligence du peuple les conditions de ce problème que la démonstration magnifique, faite tout récemment en présence de nos concitoyens des colonies, de la puissance de notre marine qui, au besoin, se porterait en toute occasion à la défense de leurs côte». En même temps, en nous donnant un échantillon des forces armées qu'elles possèdent et qu'elles ajouteraient à la puissance de notre flotte, nos colonies ont imposé à l'esprit de notre peuple et à celui de leurs propres concitoyens quelques-unes des données essentielles de ce problème...
M. CHAMBERLAIN :... Nous espérons voir s'accomplir bientôt la fédération de la grande puissance australienne. Lorsque ceci sera fait, ainsi qu'il arrivera dans un avenir prochain, la fédération des colonies sud-africaines devra venir. Ces deux évolutions importantes constitueront indubitablement le premier pas vers la fédération de V Empire. En attendant, notre tâche — la tâche des hommes d'Etat britanniques — est d'enlever les obstacles et de jeter les bases d'une union plus intime ; et c'est à nos colonies, à elles seules, de décider quand, à leur avis, le moment sera venu où elles prendront leur part du noble héritage que nous avons conservé pour elles comme pour nous ; et si elles désirent, à un moment quelconque, partager avec nous les gloires et les privilèges de l'Empire, si elles consentent à charger leurs épaules d'une part du fardeau que nous avons porté si longtemps, elles peuvent être convaincues que la mère-patrie acceptera leur décision avec bonheur et accueillera cordialement leurs propositions....
On ne peut s'empêcher d'admirer l'habileté avec laquelle M. Chamberlain prépare le développement de son entreprise impérialiste: ce n'est pas l'Angleterre qui appelle les colonies à son aide;
ce sont les colonies qui viennent se jeter, nouveaux enfants prodigues, dans le sein accueiilant de la mère-patrie. L,es enfants ne peuvent manquer d'être émus d'un accueil aussi maternel. Mais les mots tendres conviennent mal à M. Chamberlain. Ses appels touchants aux enfants de la mère-patrie ont l'accent du loup, déguisé en grand-mère, du conte de Perrault: "Mère-grand, que vos dents sont longues!"
Sir WILFRID LAURIER.... fit observer que M. Chamberlain avait abordé la question qui, en ce moment, absorbe plus que toute autre l'attention de toutes les races qui composent l'Empire britannique. " Il est manifeste qu'avant longtemps l'Angleterre et ses colonies auront atteint le point où la route se bifurque ; et lorsqu'elles en seront rendues là, le problème qui s'imposera aux colonies sera de savoir si elles doivent s'unir plus intimement encore à la mère-patrie ou si leurs relations mutuelles doivent cesser complètement. Les colonies ont un orgueil national ; et ni liens ni attaches ne sauraient durer aux colonies à moins que leur fierté nationale ne puisse s'exprimer dans toute sa'liberté. Au Canada, nous avons une foi sans bornes dans notre patrie. Lorsque nous aurons atteint le point culminant de notre maturité, rien moins que la représentation impériale ne pourra nous satisfaire. " ( Times, 9 juillet 1897).