BANQUET DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE LONDRES
Sir JOHN FORREST, premier ministre de l'Australie Occidentale, proposa " Les armées delà défense impériale ". Il fit observer que ceux qui n'étaient pas forts seraient, au moment du danger, re jetés au pied de la muraille. Il espère donc qu'en Angleterre et dans toutes les parties de l'Empire on ne s'endormira pas dans une fausse sécurité en temps de paix. Si ceux qui vivent aux extrémités du monde veulent avoir une voix dans la direction des destinées de ce grand Empire auquel ils sont si fiers d'appartenir, ils doivent unir leur sort au sien et porter leur part de responsabilité...
Le Président, Sir ALBERT KAYE ROLLIT, M. P. :... Il y a d'autres questions à envisager : celle de la défense navale avec toutes ses responsabilités ; celle des cables britanniques. Et de plus on doit considérer si la constitution d'obligations impériales n 'aura pas pour effet d 'imposer la représentation des colonies dans les conseils de l'Empire comme corollaire de leur contribution à la défense navale, par exemple. Nos hommes d'état doivent envisager fermement ce problème et non l'éviter.
M. G. H. REID, premier-ministre de la Nouvelle Galles du Sud :... Sir John Forrest n'a pas du tout exprimé le sentiment du peuple australien lorsqu'il a dit que ce peuple était anxieux d'entrer dans cette association qu'on appelle Fédération Impériale. Le mot est beau — comme " Mésopotamie " — mais je n'ai jamais encore entendu aucun homme d'Etat, aucune réunion d'hommes publics ni même aucune ligue me définir exactement ce que cela veut dire. Le peuple de l'Australie, comme celui d'Angleterre, s'est habitué à gouverner ses propres affaires. Il se glorifie d'être l'égal du peuple d'Angleterre ; et toute tentative qui aurait pour résultat de ramener les colonies dans une position relativement insignifiante et qni les ferait représenter à Westminster par une infime minorité quelconque, n'aura jamais de succès en Australie... Que le peuple anglais ne se préoccupe pas de resserrer les liens qui unissent les coloniers à la mèrepatrie! // arrive parfois qu'en multipliant ces liens on rend les relations plus irritantes. En songeant aux gloires de cette grande nation, en nous rappelant le spectacle magnifique de concorde et d'attachement fidèle que nous avons contemplé récemment et qui a excité l'admiration de nos ennemis les plus acharnés, je vous demande d'y regarder à deux fois avant de fabriquer de nouveaux liens. Ce qui nous attache, nous, de la Nouvelle-Galles, ce n'est pas le lien officiel, ce n'est pas le gouverneur ; — ce n'est pas le Souverain régnant qui unit les citoyens britanniques entre eux — mais à la base de ces institutions bienfaisantes i-epose ce qui fait notre véritable unité : le même sang, la même histoire, les mêmes traditions et le même avenir.
Sir E. BRADDON, premier-ministre de la Tasmanie :... On ne saurait douterun instant de la fidélité intense et du dévouement du peuple des colonies envers la mèrepatrie ; mais il doit arriver de deux choses l'une, à l'avenir : où les liens mutuels se resserreront, — ou les colonies croissant et se multipliant s'éloigneront complètement du sillage de la mère-patrie. Il n'est rien que je déplorerais davantage. Ma politique sera toujours favorable à la Fédération impériale ; mais d'autre part, lorsque les colonies et surtout lorsque la mère-patrie seront mûres pour accueillir cette idée, il faudra cette représentation des colonies et de toutes les possessions de l'Empire britanniques dans un Parlement Impérial qui signifiera la fédération impériale. Je n'accepte pas les idées subalternes de M. Reid. Je crois que les colonies se placeront à un point de vue plus élevé et j'espère que ce point de vue nous fera voir la possibilité de l'union la plus intime entre l'Australasie et la mère-patrie. {Times, io juillet 1897.)