BANQUET DU CLUB ST- GEORGES A LONDRES
12 JUILLET 1897 Don d'un vaisseau de guerre par la Colonie du Cap
Sir E. N. C. BRADDON (Tasmanie) ;... Je ne perds pas l'espoir que l'armée, la marine et les forces de réserve accompliront cette union plus intime, cette consolidation plus complète de l'Empire, que nous désirons tous voir s'effectuer. Je suis tin partisan de la fédération impériale : je crois en l'imité complète de ce grand Empire. Le peuple des colonies australiennes est aujourd'hui loyaliste dans l'âme ; ttje ne voudrais pas voir ce loyalisme se refroidir à cause de la négligence des politiciens et des. hommes d'Etat qui ne saisiraient pas l'occasion qui se présente à eux de nous unir plus étroitement à nos frères de la mère-patrie.
Le duc de CAMBRIDGE :... Nous n'avons pas une armée très considérable ici ; mais nous savons qu'au besoin naus recevrions des secours considérables des diverses colonies... L'Angleterre occupe aujourd'hui une position glorieuse, sachant qu'elle peut prévenir le danger, en quelque endroit qu'elle soit menacée ; Von devrait fortifier cette position en rendant aussi étroites que possible les garanties d'union entre les colonies et la mère-patrie, prouvant ainsi au monde que nous sommes un Empire organisé et non pas une nation réduite à compter sur des efforts isolés.
M. GOSCHEN (ministre de la marine):. .J'ai reçu aujourd'hui, des mains d'une colonie britannique, le cadeau d'un cuirassé... d'un cuirassé de première classe... Je prise ce don de la colonie du Cap pour deux raisons particulières, l'une politique et l'autre stratégique. J'apprécie la valeur du principe politique qui reconnaît la communauté d'intérêts existant entre les colonies et la mère-patrie ; et j'apprécie également ce principe stratégique que le meilleur mode de soutenir la puissance de la flotte anglaise, le meilleur plan de défense des colonies, est de laisser une entière liberté d' action à V autorité centrale qui organise la défense de l'Empire... Il y eut un temps où les colons croyaient que leur intérêt pouvait être différent de celui de la mère-patrie et que si nous nons trouvions en guerre avec les puissances européennes, la meilleure altitude qu'un colon pût adopter fut de rester à V écart. Ces idées se sont entièrement évanouies aujourd'hui ; elles ont disparu avec beaucoup d'autres préjugés et une conviction différente a pris le dessus... Nous ne désirons pas battre monnaie avec l'enthousiasme du Jubilé ; nous ne désirons pas, en cette occurence, insister auprès des colonies ponr en obtenir des contributions en deniers, si ce n'est dans le but — -non pas de soulager le contribuable anglais, j'écarte entièrement cette considération — mais de reconnaître le principe que les colonies sont intéressées comme nous-mêmes, non-seulement dans la sécurité de leur propre ports, non-seulement dans le commerce qui foisonne autour de leurs îles ; — mais qu'elles ont un intérêt égal au nôtre, à ce que la nation anglaise reste puissante. Nous reconnaissons tous que la politique étrangère des colonies doit être appuyée par une flotte impériale. Une politique extérieure sans marine serait livrée à un principe de faiblesse que ni les colonies ni la mère-patrie ne pourront jamais accepter...
Le marquis de LORNE fit observer qu'un des meilleurs signes des temps était de constater qu'il y avait aux colonies un corps discipliné de soldats-citoyens en état d'entrer en campagne dès qu 'un danger menacerait la Grande-Bretagne.
Le président, lord LOCH, dit que les Premiers-Ministres actuellement en Angleterre ont dû se rendre compte du sentiment qui anime fortement le peuple de ce pays et qui porte à rendre aussi intimes que possible les liens qui l'unissent aux colonies qu'ils représentent.
...L'action de la colonie du Cap et celle des colonies australiennes sont un symbole de leur désir d'union avec la mère-patrie. Connaissant comme je les connais, les sentiments de patriotisme et de fidélité des habitants des colonies australiennes, je n'ai pas le moindre doute qu'ils renouvelleront, sous une forme ou sous une autre, leur contribution à la défense de l'Empire.
Sir GORDON SPRIGG, premier ministre du Cap : L'offre qu'il m'a été donné de faire, comme premier ministre de mon gouvernement, au premier Lord de l'Amirauté, peint très bien la manière dont nous sommes à fondre les différentes nationalités qui peuplent la Colonie du Cap. La question a été discutée par l'assemblée législative où siègent un grand nombre de représentants hollandais ; la proposition a été faite par un député indépendant ; je l'ai moi-même appuyée de toutes mes forces, ainsi que d'autres membres du gouvernement, et elle a été votée à l'unanimité... La proposition reste sujette à la ratification de la législature de la colonie; mais j'ai l'assurance absolue que lorsque les Chambres se réuniront l'an prochain, elles ratifieront ce cadeau ; et nous aurons la grande satisfaclion de savoir que nous avons contribué à cette marine qui est le grand facteur dans la création de l'Empire et qui maintiendra cet Empire.
Sir JOHN FORREST, premier ministre de l'Australie Occidentale :... La colonie que je représente est prête à continuer le paiement de sa contribution à la marine impériale. Les Bretons doivent protéger leurs relations commerciales et s'appuyer les uns sur les autres de toutes leurs forces possibles. Pour ma part, je n'ai jamais ralenti mes efforts pour inculquer dans le cœur du peuple de l'Australie occidentale des sentiments d'amour et d'admiratoin pour la mère-patrie ; et j'ai toujours ressenti pour le peuple anglais le même bon vouloir qui m'anime en ce moment. J'espère qu'avec le temps on trouvera le moyen (Puni?- plus étroitement entre elles, dans un tout harmonieux, les portions diverses de l'Empire. (Times, 13 juillet 1897.)
Il est bon de noter que lord Charles BERESFORD, amiral commandant l'escadre de la Méditerranée, n'approuva pas le principe posé par la colonie du Cap. Le Globe, de Toronto, publia, le 27 juillet 1897, uoe lettre de son correspondant de L/ondres, où se trouvent les lignes suivantes :
Lord Beresford déclare... qu'il regretterait beaucoup que le zèle patriotique et le loyalisme dont le^Cap donne un exemple si admirable dussent servir de base aux contributions que les colonies devront faire, à l'avenir, à la défense de l'Empire... A son avis, ce serait une erreur très grave, sinon fatale, tant au point de vue stratégique que politique, d'accepter en principe que le meilleur genre de contribution que les colonies puissent faire à la défense impériale consiste à fournir des deniers pour la construction ou l'entretien des vaisseaux de la flotte... Il est fermement convaincu que les contributions des colonies à la détense de l'Empire doivent consister entièrement à créer chez elles des bases d'opérations navales, parfaitement organisées sous tous les rapports et restant sous leur propre contrôle : ceci permettrait à une flotte de se ravitailler et de réparer ses avaries sans retard...