OPINION DE M. REID
Il est remarquable que plus l'ardeur impérialiste des autres délégués coloniaux allait en s' enflammant, plus M. Reid précisait sa pensée contraire. L,e 12 juillet, on lui offrait un dîner sous la présidence du comte de Selborne, sous-secrétaire d'Etat pour les colonies. Je cite de son discours les extraits suivants :
....Un grand nombre de nos plus fervents adeptes de l'unité impériale, animés d'ailleurs des motifs les plus nobles, semblent vouloir nous entraîner vers cet avenir que le président a signalé à la suite d'autres projets qui tous, je pense, exigent encore ample considération. Je ne me lasse pas d'admirer le zèle avec lequel on argumente un grand nombre de propositions splendides — entre autres, celle de donner à l'Australie et aux autres colonies autonomes une représentation dans les Chambres du Parlement britannique. A mes heures de rêverie romanesque, j 'en suis arrivé à me représenter le très noble duc de Woolloomooloo siégeant aux côtés des éminents Lords que je vois ici ce soir. J'avoue qu'en étudiant le fonctionnement actuel des parlements, la perspective d'une nouvelle union de parlements m'épouvante... Il m*a toujours paru que, complètes comme sont les institutions parlementaires d'Angleterre et des colonies, la fusion de ces deux perfections pourraient avoir des conséquences désastreuses... A ceux qui désirent ardemment taire des changements radicaux dans les relations qui existent entre les diverses parties de l'Empire, je crois que j'ai le droit de demander la preuve convaincante que les relations actuelles sont susceptibles d'amélioration; elle peuvent paraître imparfaites à première vue, mais au cours des circonstances de chaque jour elles ont, à mon avis, fonctionné merveilleusement... J'admire beaucoup l'offre libérale que le Premier-Ministre du Cap a faite samedi dernier. Cette offre ne
pouvait venir plus à propos pour être bien accueillie, car c'est le Cap qui est la cause de tous nos embarras. En Australie, nous avons causé très peu d'ennuis à l'Angleterre, au point de vue de l'armée ou de la marine ; néanmoins la colonie que je repré, sente a dépensé quelque £500,000 afin de préparer une base d'opérations navales dans l'océan Pacifique pour les flottes de Sa Majesté. De plus, les colonies australiennes payent chaque année une contribution aux navires de guerre s'élevant à trois ou quatre millions. L'entente navale conclue avec l'Australie sera sûrement renouvelée.... Je reconnais avec joie le sentiment de générosité magnifique dont le peuple d'Angleterre a fait preuve à l'endroit des colonies et je veux bien y répondre de tout cœur. Et de même que les hommes (V Etat et le peuple de la Grande-Bretagne s'engagent à protéger les colonies au jour du danger et à leur sacrifier jusqu' au dernier homme et au dernier shilling, de même dirai-je au peuple anglais que nous ne sommes pas d'indignes rejetons de la même race. Quelque peu nombreux que nous soyons aujourd'hui, quelque limitées que soient nos ressources financières, si l'heure du danger sonne pour notre race, vous constaterez que l'esprit qui vous anime à notre endroit est le même qui nous attirera sous le drapeau commun. {Times, 13 juillet 1897.)
On voit que M. Reid insiste absolument sur le principe de l'appui mutuel : de même que la Grande-Bretagne s\e?igage " à sacrifier Jusqu' au dernier homme et au dentier schilling..." Avant d'engager le Canada dans les guerres de la Grande-Bretagne, il eut peutêtre été sage de connaître combien de soldats et combien de shillings elle mettrait au jeu pour nous défendre contre notre seul ennemi possible, les Etats-Unis ?