BANQUET DE LA CHAMBRE ANGLAISE DU COMMERCE À PARIS
l8 JUILLET 1897
Sir WILFRID LAURIER :.... Tout en restant Français je suis profondément attaché aux institutions britanniques. Parlant au nom de mes compatriotes, je puis affirmer que nos institutions et notre régime actuels leur donnent pleine satisfaction. Mais les relations d'aujourd'hui ne peuvent rester les mêmes à jamais. Le jour viendra où, par la force des circonstances et le développement de la colonie, il faudra modifier la nature des liens aujourd'hui si légers qui unissent le Canada et la Grande-Bretagne ; et le Canada aspirera à une situation plus élevée. Il incombera alors à la mèrepatrie de résoudre ce problème. Les liens actuels devront se rompre ou se fortifier. Si le problème doit se résoudre par la représentation impériale, ce qui n'est pas improbable, le Canada n'acceptera à aucun prix la moindre atteinte à son autonomie législative.... Il est permis d'espérer, cependant, que la solution du problème se trouvera dans un rapprochement vers la mère-patrie ; et si ce rapprochement implique la représentation impériale, ce sera un jour glorieux que celui qui verra le Canada représente' au Parlement fédéral par un fils de la race française.
M. G. H. REID :.... Les manifestations patriotiques par lesquelles toutes les parties de la Plus-Grande-Bretagne ont apclamé notre illustre Reine, ont développé en certains quartiers le désir de rendre plus intimes nos relations politiques et commerciales ; mais jusqu'ici on n'a formulé aucune politique définie et digne de considération. Quant aux liens politiques,— la vérité peut sembler ici un paradoxe — mais c'est un fait réel que plus les attaches officielles sont devenues légères, plus les relations se sont détendues ; en sorte que l'indépendance virtuelle des colonies autonomes a produit un degré de solidarité impériale sans précédent dans l'histoire. Quant aux relations commerciales, le commerce de la Plus-Grande-Bretagne se fait surtout avec le Royaume-Uni ; et les quelques changements de peu d'importance qu'on pourrait faire n'exigent guère une politique d'aventure....
Sir J. GORDON SPRIGG :...Un mot de la plus Plus-Grande Bretagne. Je suis convaiucu que les liens qui nous unissent entre nous et nous rattachent à la mèrepatrie deviendront de p lus en plu s intimes ; et qu'à un moment donné nous sentirons que nous ne formons qu'une famille dans ce grand et glorieux empire sur lequel la reine Victoria a régné avec un éclat sans pareil.
C'est touchant — mais je préfère l'opinion de M. Reid.
Le Times du 20 juillet, où j'ai trouvé ce compte- rendu, ajoutait:
On remarquera que Sir Wilfrid Laurier a exprimé une fois de plus sa conviction que le jour doit venir où, par la force des circonstances, les colonies, — à tout événement, le Canada — seront forcées de demander l'établissement de relations plus intimes entre elles et la mère-patrie
Dans un autre article consacré spécialement au ' ' Canada et à l'Empire," le Twies disait :
Il n'est aucun des représentants des colonies qui ait occupé une position plus en vue et plus honorée que sir Wilfrid Laurier, le premier-ministre du Canada......
Sir Wilfrid Laurier a répondu aux manifestations sympathiques de notre pays en se mettant à la tête du mouvement qui a pour but de rendre plus intime l'union impériale. Seul de tous les premiers-ministres coloniaux, aujourd'hui en Angleterre, il s'est risqué à suggérer dans un discours public la représentation des colonies au Parlement Impérial de l'avenir. Cette attitude est particulièrement intéressante parce qu'elle indique la direction où tend l'évolution coloniale dans les circonstances actuelles