‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 7 sur 289 · SA SUPÉRIORITÉ · texte numérisé non relu

SA SUPÉRIORITÉ

Je ne vous ferai pas l'histoire de cette prodigieuse expansion qui couvrit bientôt la moitié du Nouveau- Monde et une large part de l'ancien. Je veux seulement signaler un trait particulier qui fait de l'empire britannique une organisation sociale différant essentiellement de tous les empires qui l'ont précédé et de ceux qui se sont élevés à ses côtés.

Iyes empires anciens et modernes ont été le fruit d'une idée politique ou militaire ; ils sont nés de conquêtes ou de traités conçus, entrepris, dirigés et accomplis par les conquérants, les hommes d'état, les gouvernants et les diplomates. Et leur histoire établit généralement que l'œuvre s'effondra avec son auteur ou son successeur, unique ou multiple.

1/ empire britannique, au contraire, se fonda et grandit, comme la constitution anglaise, sans idée générale et préconçue, sans plan d'action, sans la participation et souvent même contre la volonté du gouvernement et le sentiment de la nation.

Etudiez l'histoire des treize colonies d'Amérique, celle de l'Inde, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande ; et vous constaterez que ce furent des colons et des marchands anglais, des réfugiés politiques ou sectaires, des repris de justice, qui en furent les fondateurs. Les uns cherchaient la paix et la liberté, d'autres, la fortune ; les uns, partis la haine au cœur, maudissaient les hommes et les institutions de leur pays ; les autres étaient indifférents à tout autre mobile que le pécule. Aucun de ces pionniers ne songeait à doter sa patrie d'un empire.

Quel contraste avec les idées, les projets, les efforts de génie qui présidèrent aux conquêtes de César et de Charlemagne, de Charles- Quint et de Frédéric, de Napoléon et de Bismarck, aux entreprises d'Isabelle de Castille, de Richelieu et de Colbert ?

Mais il est une loi mystérieuse qui semble maintenir l'équilibre entre la cause et l'effet, entre le début et la fin de toutes les œuvres humaines ; je veux dire de celles, nées viables, qui entrent dans les desseins providentiels. Parties de haut, elles s'abaissent en se développant ; parties d'en bas, elles s'élèvent.

L' homme se gouverne plutôt par l'instinct que par le raisonnement. La meilleure forme de gouvernement est celle qui grandit et se modifie avec le tempérament du peuple à qui elle s' applique. La nation la plus forte est celle qui se développe suivant ses besoins et son caractère et non d'après les théories des philosophes et des politiques même de génie. Et les vrais hommes d' Etat,, sont ceux qui gouvernent l' Etat non pour eux-mêmes mais pour lui-même.

Les fondateurs d'empires commettent inévitablement des erreurs énormes : ils envoient souvent sur un sol ingrat, sous un climat meurtrier, des colons misérables et déçus qui retardent l'établissement du pays. Ils se donnent parfois des voisins belliqueux qui les forcent à maintenir des armées d'occupation. Cette soldatesque, quasi mercenaire, tyrannise et étouffe la colonie et revient répandre sur la mère-patrie, ses épaves, souvent pernicieuses, toujours inutiles.

Laissés à eux-mêmes, les colons cherchent un sol fertile, un climat favorable, des voisins accommodants. Forcés de se protéger, il se développe chez eux le seul esprit guerrier qui fasse pardonner les horreurs de la guerre : la nécessité de défendre sa famille, son foyer, son patrimoine. Autant le militarisme abrutit et obère une nation, autant ce courage naturel l'ennoblit. Guidés par leurs seuls intérêts, les commerçants sont aussi de bons pionniers : ils dirigent leurs vaisseaux vers les pays qui peuvent acheter et vendre,, c'est-à-dire vers les contrées riches, prospères et pacifiques.

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